Dans son discours au Congrès, le Président des États-Unis a vanté la grandeur de l’Amérique, de son économie et de son armée, sans offrir d’alternative au multilatéralisme qu’il s’est employé à détruire depuis son arrivée au pouvoir il y a deux ans.

Donald Trump pendant son discours sur l'état de l'Union à Washington. Derrière lui, en blanc, Nancy Pelosi, la nouvelle présidente démocrate de la Chambre des représentants, vainqueur des "midterm".
Donald Trump pendant son discours sur l'état de l'Union à Washington. Derrière lui, en blanc, Nancy Pelosi, la nouvelle présidente démocrate de la Chambre des représentants, vainqueur des "midterm". © AFP / Zach Gibson / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Les Américains qui auront écouté Donald Trump seront partagés entre la fierté d’appartenir à ce qu’il a appelé « la plus grande nation de l’histoire », et la réalisation que derrière les grands mots surgissent ses obsessions comme ce mur anti-immigration auquel il a consacré 17 longues minutes.

Mais que peut-on en penser quand on n’est pas Américain, que l’on soit allié ou rival des États-Unis ? On en ressort avec un grand doute sur le monde de demain.

Donald Trump a fait longuement applaudir trois vétérans de la seconde guerre mondiale, anciens du débarquement en Normandie ; mais c’est le même président qui sape le monde multilatéral construit sur les ruines du conflit mondial, sans rien proposer à la place.

Il n’a fait référence à ses alliés européens que pour réaffirmer qu’ils avaient abusé de la générosité de l’Amérique, et que grâce à lui les membres de l’Otan avaient déboursé 100 milliards de dollars de plus pour leur défense. Une manière de raconter l’histoire très contestable, et surtout pas très motivante.

Dans la vision internationale de Donald Trump, il y a d’abord cette phrase sur laquelle tout le monde pourrait se retrouver : « les grandes nations ne mènent pas de guerres sans fin ». Elle aurait pu être prononcée par son prédécesseur Barack Obama, ou par les victimes des guerres américaines des deux dernières décennies, au Moyen Orient ou en Asie.

Pour autant, cette maxime est difficile à mettre en œuvre quand on est la première puissance mondiale, comme le montrent les hésitations de Trump en Syrie, son agressivité vis-à-vis de l’Iran ou du Venezuela, ou sa tentation de lâcher l’Afghanistan malgré la menace des talibans.

Lorsque le Président américain a annoncé en décembre qu’il retirait ses troupes de Syrie, en disant que l’Etat islamique avait été éradiqué, il pensait sans doute qu’il serait applaudi. Mais la réalité est que la défaite de Daech est encore loin d’être totale : cette nuit, Donald Trump a été contraint de nuancer son discours, soulignant que Daech était « en train » d’être défait, ce qui est plus exact, et renonçant à donner un calendrier de retrait de ses soldats. 

Toujours sur l’international, Donald Trump s’est sans doute vanté en déclarant que s’il n’avait pas été élu, les États-Unis seraient actuellement en guerre avec la Corée du nord. Mais il va de nouveau rencontrer Kim Jong-un, le dictateur nord-coréen, à la fin du mois au Vietnam, malgré le scepticisme général sur sa capacité à obtenir la dénucléarisation de la Corée du nord.

On ne peut manquer d’être frappé par son discours mobilisateur pour appeler l’Amérique, au-delà de ses profonds clivages, à relever les défis de sa grandeur, que ce soit dans l’espace, dans l’économie ou dans son armée. 

Mais aussi par la pauvreté d’une vision stratégique qui se limite à l’America First, un discours nationaliste qui permet d’être élu, et peut-être réélu l’an prochain ; mais qui n’offre pas au reste du monde d’autre perspective que d’être soumis ou ennemi d’un pays qui a su autrefois inspirer l’adhésion à des valeurs communes, et pas seulement l’obéissance ou la crainte.

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