Acquitté sans surprise par le Sénat, le président américain s'amuse des déboires de la primaire démocrate et prononce un discours triomphal sur "l'état de l'union" : tout -ou presque- sourit à Donald Trump en ce début de campagne. Il faut néanmoins s'habituer à l'idée qu'il puisse être réélu...

La Présidente de la Chambre des Représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a volé la vedette à Donald Trump en déchirant de manière ostentatoire le discours du Président, mardi 4 février à Washington DC.
La Présidente de la Chambre des Représentants, la démocrate Nancy Pelosi, a volé la vedette à Donald Trump en déchirant de manière ostentatoire le discours du Président, mardi 4 février à Washington DC. © AFP / MANDEL NGAN / AFP

S’il existe encore un gouvernement au monde qui n’a pas intégré dans ses plans le fait que Donald Trump puisse être réélu en novembre, il serait temps qu’il se réveille ! Les jeux ne sont évidemment pas faits à huit mois d’un scrutin, surtout quand on n’en connait pas encore tous les candidats, mais force est de constater que Donald Trump est dans une bonne passe.

Certes, la démocrate Nancy Pelosi lui a volé l’image du jour, mardi, en déchirant le discours du Président de manière ostentatoire ; et l’ancien candidat républicain contre Obama, Mitt Romney, a créé la surprise hier en soutenant la destitution du Président…

Il n’empêche, la confusion de la première étape des primaires démocrates dans l’Iowa, le discours triomphaliste au Congrès, et enfin l’acquittement attendu devant le Sénat, ont été autant de bonnes nouvelles pour un Président en campagne. Sa côte de popularité s’en ressent, elle frôle les 50% d’opinions favorables, inespéré.

Donald Trump devient-il imbattable ? Non, ce serait commettre l’erreur inverse de celle qui le donnait inéligible il y a quatre ans ! Mais contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, il sera un formidable candidat à sa propre succession, quel que soit le ou la challenger démocrate.

Le problème est que cette élection ne se disputera pas sur un bilan, ou sur des faits. Ca c’était avant… Son discours devant les deux chambres, hier, ressemblait à ceux de ses meetings électoraux, l’improvisation et la férocité en moins… Pour le reste, il s’adresse à sa base qui n’a pas besoin de faits, et tente de l’élargir en donnant le sentiment que l’Amérique n’a jamais été aussi forte et respectée que depuis son élection. Sa mécanique est bien huilée.

Il a même testé un slogan qui pourrait remplacer le « Make America great again » de 2016, en affirmant qu’il est « le Président qui a mis fin au déclin de l’Amérique ».

C’est évidemment faux, même si l’argument mérite qu’on s’y arrête. En 2008, lors de la crise des subprimes, à la fin de l’ère Bush et ses guerres interminables, l’idée du déclin américain était bien ancrée. La même année, souvenez-vous, la Chine triomphait avec ses Jeux olympiques de Pékin, et elle a fini par croire que son heure était arrivée.

Rendons à Barack Obama ce qui lui revient dans le « come-back » de l’Amérique, mais aussi à la Silicon Valley et au rebond de ce qui reste la première économie mondiale. Trump s’attribue tout le mérite, il n’en est pas à une exagération près.

En revanche, il n’a pas arrêté le déclin de l’influence américaine dans le monde, l’actuel président l’a même accentué, notamment chez ses alliés supposés, qui s’en méfient ouvertement. Mais ça n’influe pas sur la décision des électeurs américains, trop loin, trop abstrait. 

Pour nous qui ne votons pas aux États-Unis, il nous faut nous préparer à l’hypothèse de quatre ans de plus de Trump, pas vraiment une bonne nouvelle pour le climat et tous ces sujets multilatéraux où il n’en fait qu’à sa tête.

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