De très bas salaires, de faibles impôts et pas de grèves - la Chine communiste est, on le sait, le paradis des multinationales. Celles qui n’y produisent pas déjà, le feront bientôt. Celles qui s’y sont déjà installées, y élargissent leurs capacités aussi bien pour « optimiser leurs coûts » que pour conquérir le marché chinois, treize cent millions de personnes dont le niveau de vie progresse, sur les côtes en tout cas. Avec ses 10% de croissance annuelle et la dictature du parti unique, la Chine est un rêve capitaliste mais voilà que les multinationales y connaissent maintenant des soucis syndicaux. Voilà que la Fédération nationale des syndicats chinois, l’unique syndicat légal de ce pays-continent, s’est mise en tête de leur faire respecter la loi qui oblige toute entreprise, chinoise ou étrangère, à accepter la formation de sections syndicales. Code en main, la Fédération les a pressées d’entendre raison mais, devant le mur auquel elle s’est heurtée, elle s’est lancée dans une campagne de dénonciation des entreprises étrangères, saisissant la presse et faisant de l’agitation, comme dans une quelconque démocratie. L’affaire est si stupéfiante que le Financial Times s’en faisait, hier, l’écho et que les associations d’industries américaines installées en Chine viennent d’organiser, à Shanghai et Pékin, des séminaires afin d’aider leurs membres à trouver une riposte commune. Elle s’amorce. La loi, commencent à répondre les patrons étrangers, dit que, pour créer une section syndicale, il faut que 2% des salariés de l’entreprise en manifestent le désir et ce n’est pas le cas, disent-ils, dans nos usines. C’est vrai. C’est la plupart du temps vrai car les salariés chinois n’ont aucune envie de risquer un licenciement en manifestant leur intention de s’organiser. La pauvreté comme l’absence de vrais recours les en dissuadent. Les multinationales ont encore devant elles de longues et belles années en Chine mais pourquoi la Fédération syndicale a-t-elle alors ouvert cette bataille ? Pourquoi ce simple appendice d’un parti unique et si favorable aux investissements étrangers est-il allé inquiéter les conseils d’administration ? La première réponse est que, courroie de transmission ou pas, cette Fédération a des intérêts propres à défendre et que si des secteurs entiers du salariat lui échappent, elle régressera avant de disparaître un jour. L’appareil syndical se défend, c’est logique, mais la vraie raison de cette offensive est que les dirigeants chinois sont assez fins politiques pour savoir que si le syndicat qu’ils contrôlent n’organisent plus les salariés, d’autres organisations finiront par se créer spontanément, introduiront un impondérable social dans la vie économique et, pire encore, feront le lit du pluralisme politique. Les dirigeants chinois voient juste mais pourquoi, dans ces conditions, les multinationales ne laissent-elles pas le champ libre à la Fédération officielle ? Parce que leur crainte à elles est que des sections syndicales, officielles ou pas, ne finissent un jour par s’autonomiser, qu’un véritable syndicalisme sorte du faux. Cela s’est vu sous bien d’autres dictatures.

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