C’était à la veille de Noël. Dmitri Medvedev était sur les petits écrans, une heure d’interview en direct, et le président russe s’y est lancé dans une dénonciation, jamais vue, jamais entendue, de l’arbitraire régnant dans la police, les prisons et la Justice de son pays. « Les décisions judicaires illégales sont un mal contre lequel il faut lutter », a-t-il dit. « Il faut sans aucun doute des réformes assez fermes et sérieuses », a-t-il ajouté à propos de la police. « Il y a d’importantes insuffisances dans notre système d’application des peines qui n’a pas changé depuis des décennies », a-t-il poursuivi avant d’annoncer qu’il interdisait la détention provisoire pour délit fiscal, limogeait des responsables des prisons et réduisait de 20% les effectifs du ministère de l’Intérieur. Ce coup de gueule faisait suite à la mort en détention d’un jeune avocat auquel on avait refusé les soins médicaux dont il avait clairement besoin. Un quotidien avait publié le journal d’agonie de ce malheureux. L’affaire avait ému une opinion pourtant blasée. Dmitri Medvedev était d’autant plus sûr de rencontrer, là, l’assentiment de ses concitoyens qu’il n’y a pas un Russe qui n’ait été au moins une fois racketté par la police à un carrefour mais ce n’est pas tout. Deux semaines plus tôt, après que Vladimir Poutine eut déclaré, de Rome, qu’il n’excluait pas de se présenter en 2012, Dmitri Medvedev avait rétorqué dans un sourire : « Je ne l’exclus pas non plus ». Il y a, autrement dit, un mois maintenant qu’il est entré en campagne, contre l’homme qui l’avait installé au Kremlin, contre ce parrain dont il n’était censé être qu’une marionnette. Il n'est pas déjà candidat. Dmitri Medvedev n’en est sans doute qu’à tester ses possibilités d’entrer dans la bataille mais le fait est qu’il vient de réussir à modifier son image. Hier encore, il n’était qu’un intérim, chargé de chauffer la place de son prédécesseur auquel la Constitution avait interdit de briguer un troisième mandat consécutif. On commence, désormais, à remarquer qu’il n’a jamais cessé d’appeler au renforcement de « l’Etat de droit » en Russie ; que c’est lui qui avait calmé le jeu au moment de la crise géorgienne, s’appuyant sur Nicolas Sarkozy pour dissuader Vladimir Poutine de faire marcher les troupes russes sur Tbilissi ; que c’est encore lui qui a multiplié les ouvertures vis-à-vis des Etats-Unis sitôt que Barack Obama a renoncé à étendre l’Otan jusqu’aux frontières russes et à déployer un système anti-missiles en Europe centrale et que c’est toujours lui qui a rapproché la Russie des puissances occidentales sur la question du nucléaire iranien. Ce juriste de la génération post-soviétique n’aurait du être que l’homme lige de son prédécesseur mais on réalise enfin qu’il est le protecteur et le protégé des milieux d’affaires, soucieux d’échapper à l’arbitraire du pouvoir ; qu’il incarne les nouvelles classes moyennes urbaines qui se sont affirmées en vingt ans et qu’il n’est pas un ancien du KGB, contrairement à Vladimir Poutine dont il diffère sur à peu près tout.

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