Tandis que persiste, à l’Ouest, la crise ivoirienne, une autre page s’ouvre, dimanche, à l’est du continent africain. Grand comme 5 fois la France mais deux fois moins peuplé, le Soudan entamera ce jour-là sa scission définitive entre un Nord musulman et un Sud chrétien et animiste, entre deux morceaux d’un même pays où se mêlaient le monde arabe et l’Afrique noire. Tout devrait se passer pacifiquement car, après un demi-siècle d’une guerre civile quasiment ininterrompue qui aura fait deux millions de morts, un accord de paix avait prévu, il y a six ans, que les sudistes puissent s’autodéterminer par référendum. C’est à ce vote qu’on en arrive maintenant. Son résultat ne fait pas de doute. Omar el-Béchir, le président soudanais, a solennellement déclaré avant-hier qu’il le reconnaîtrait. Il est d’autant plus probable qu’il le fasse qu’il n’aurait guère les moyens de relancer ce conflit alors qu’il est toujours confronté à la rébellion du Darfour et frappé par des sanctions américaines dont il espère obtenir la levée pour pouvoir redresser son économie. Tandis que tout menace la Côte-d’Ivoire, une évolution heureuse se concrétise au Soudan mais ce référendum n’en est pas moins gros de questions sans réponses. La première est de savoir comment va s’organiser la coexistence entre les deux Etats qui en sortiront. Le tracé des frontières reste à faire et pourrait susciter bien des frictions, voire des affrontements. Le Nord sera sérieusement appauvri par la perte des régions où se concentrent plus des deux tiers des réserves pétrolières du Soudan actuel. Le Nord devra réinventer son économie et développer, pour cela, son agriculture : pas facile. Ces deux pays auront surtout à négocier un compromis sur le partage de la manne pétrolière car, si les réserves sont au Sud, les infrastructures sont au Nord. Rien de tout cela ne sera aisé et, deuxième problème, le Sud doit désormais se trouver une identité commune car, maintenant qu’elles sont privées d’un ennemi commun, ses régions devront faire face à leurs diversités ethniques, culturelles, économiques et religieuses. Troisième problème, leur unité n’est, autrement dit, pas plus certaine que celle du Nord où les rebelles du Darfour rêvent, bien évidemment, du précédent que constitue ce référendum. Etats-Unis en tête, chacun se réjouit de la sagesse qu’il y a dans cette solution par les urnes mais, Afrique en tête, chacun s’inquiète aussi des prochaines étapes, non seulement de la possibilité d’un fractionnement des deux nouveaux Etats mais aussi de la contagion continentale que pourrait provoquer ce divorce. Depuis les indépendances d’après-guerre, le dogme africain était qu’on ne touchait pas aux frontières coloniales de peur d’ouvrir la boîte de Pandore. Il y a la Côte-d’Ivoire, elle aussi coupée entre un Sud à dominante chrétienne et un Nord musulman. Il y a la Casamance au Sénégal, l’enclave pétrolière angolaise du Cabinda, la volonté d’indépendance des Touaregs du Mali et du Niger. Peu d’Etats africains sont à l’abri de mouvements centrifuges car tous ou presque ont été constitués de bric-et-de-broc par les puissances coloniales et si ce dogme continental était vraiment ébranlé, c’est un long séisme qui s’ensuivrait.

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