Une guerre couve au Proche-Orient. Il est improbable qu’elle éclate franchement avec lignes de front et déclarations d’hostilité mais, chaque jour un peu plus, elle met aux prises chiites et sunnites, les deux religions de l’islam que tout oppose aujourd’hui. Ce danger est si grand que le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, dénonçait mercredi « les gens qui souhaitent déclencher une guerre froide régionale » et mettait en garde conte le « suicide » que des « tensions religieuses » constitueraient pour le Proche-Orient.

Le lendemain même, cinq attentats visant des quartiers et des pèlerinages chiites faisaient, hier, quelques 70 morts et 140 blessés en Irak. La guerre n’était déjà plus froide mais pourquoi en est-on là ?

La raison première en est que les dirigeants de la seule puissance presque exclusivement chiite de la région, la République islamique d’Iran, sont aux abois. Ils sont rejetés par leur population qui ne veut plus de la théocratie, qui l’avait montré dès 1997 en assurant l’élection triomphale d’un réformateur, Mohammad Khatami, à la présidence de la République, qui avait massivement manifesté, en 2009, contre la réélection frauduleuse d’un conservateur illuminé, Mahmoud Ahmadinejad, et que seule la terreur policière et le désarroi empêchent aujourd’hui de redescendre dans la rue.

Non seulement les conservateurs au pouvoir n’ont plus aucune légitimité et le savent si bien qu’ils s’entredéchirent sur les moyens de retrouver une assise populaire mais leurs caisses sont en train de se vider. Lentement mais sûrement, les sanctions internationales que l’Onu a prises contre eux en raison de leur programme nucléaire étouffent l’économie iranienne. Les Occidentaux y ont maintenant ajouté leurs propres sanctions. L’Union européenne s’apprête à décréter un embargo sur les achats de pétrole venu d’Iran et, parallèlement, cette théocratie voit s’affaiblir, jour après jour, le seul allié qu’elle ait dans la région, le régime syrien qu’ébranlent des manifestations populaires toujours plus déterminées et nombreuses.

Or, en Syrie, les dirigeants appartiennent à une branche du chiisme, les alaouites, tandis que l’écrasante majorité de la population est sunnite. En Syrie, la bataille pour la démocratie se double toujours plus d’un affrontement religieux. C’est ensemble que la théocratie iranienne et le pouvoir syrien, tous deux chiites, sont dos au mur. Ils s’épaulent et jouent la régionalisation de leur crise alors même que, les monarchies du Golfe, des pays sunnites, ne seraient pas mécontentes de voir sombrer deux régimes chiites qui menaçaient leur prééminence régionale.

Sur fond de printemps arabe et de menace nucléaire iranienne, les deux religions de l’islam sont face-à-face. Deux axes se dessinent et dans cette tension générale, l’Irak devient un enjeu majeur car l’intervention américaine y a mis la majorité chiite aux commandes. Ce n’est pas pour rien que les tensions entre cette majorité chiite et la minorité sunnite s’enveniment à nouveau en Irak. Tandis que l’Iran, pour s’assurer le contrôle de ce pays, pousse ses alliés chiites à écarter les sunnites du gouvernement, les sunnites ripostent à coup d’attentats anti-chiites. La région danse sur un baril de poudre.

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