Ils n’ont pas d’excuse, et surtout pas sociale. Pas plus que Mohammed Merah avant eux ou que les assassins du 13 novembre, les tueurs du 7 janvier n’étaient des malades mentaux irresponsables de leurs actes et ce ne sont pas, non plus, des difficultés d’intégration qui avaient fait d’eux les monstres sanguinaires qu’ils étaient devenus.

A voir dans le racisme, les contrôles au faciès ou les ghettos d’immigrés la cause de tels crimes, on oublierait un peu vite que ces réalités ne font pas des tueurs de tous ceux qui en sont victimes mais alors quoi ? Comment expliquer que des hommes grandis en France et qui n’avaient longtemps pas été différents de leurs camarades de classe en soient arrivés là et que quelques quinze cents autres aient rejoint les rangs de Daesh, aimantés par les recruteurs djihadistes ?

Il n’y a certainement pas qu’une seule explication mais, au-delà des parcours et faiblesses de chacun, le fait est qu’avec la fin du fascisme, du communisme ou des maquis guevaristes d’Amérique latine, le djihadisme est la dernière et la seule des idéologies aujourd’hui disponibles sur le marché mondial. Nulle part ailleurs que dans les déchirements du Proche-Orient on n’en trouverait d’autre, en tout cas pas aussi messianique, demandant autant d’obéissance aveugle à la cause commune et aussi universellement condamnée - en un mot aussi fascinante pour des hommes sans jugement mais cherchant à donner un sens à leur vie en bravant, sans exception, tous les ordres établis.

Pour ces hommes-là, devenir djihadiste c’est exister enfin, se réaliser en s’identifiant aux batailles d’une région qu’ils ne comprennent pas plus qu’ils ne la connaissent, se dépasser en croyant changer le monde par le fer et le feu.

Comme l’a si justement fait remarquer Olivier Roy, ils n’incarnent ainsi pas une radicalisation de l’islam mais une islamisation de la radicalité, d’une radicalité que chaque génération ou presque remet au goût du jour mais qui est là proprement terrifiante car dès lors qu’on se proclame soldat de Dieu, en mission divine, tout vous est permis, absolument tout et sans plus aucun interdit.

Alors, oui, le criminel destin de ces misérables crétins devrait nous conduire à nous interroger sur les dangers que nous courrons à ne plus croire en rien. Il est très bien d’avoir enfin rejeté les idéologies et leur prêt-à-penser mais à rire de tout et tout tourner en dérision, à renoncer à toute ambition collective, cultiver l’individualisme et jouir de nos libertés comme d’un acquis éternel au lieu de les utiliser à combattre l’injustice et le statu quo, nous ne faisons pas que faciliter le travail aux propagandistes du djihad.

De M.Trump à M.Poutine, d’une nouvelle extrême-droite européenne à l’autre, des forces autrement moins marginales que les djihadistes s’emploient aujourd’hui à proposer le nationalisme, le repli sur soi et le rejet de l’autre en guise de croyances collectives et d’idéaux rassembleurs. Il y a d’autres djihads que le djihad, pour les mêmes causes, et c’est toute la bataille du progrès et des Lumières qui est à reprendre.

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