Dans la tête de Donald Trump

Peut-être est-ce trop tôt. Sans doute vaudrait-il mieux attendre de voir Donald Trump à l’œuvre que de tenter de déduire de ses tweets la logique des politiques qu’il entend mener à compter de son entrée en fonction mais le 20 janvier approchant, tant pis, prenons le risque.

Hier, le président élu a donc remis le couvert. Après avoir dissuadé Ford d’investir plus d’un milliard et demi de dollars au Mexique et menacé General Motors de taxer l’entré des véhicules qu’il y assemble, il s’en est pris à Toyota.

« Toyota, a-t-il tweeté, annonce la construction d’une usine au Mexique pour assembler des voitures Corolla pour les USA. NON ! Faites votre usine aux USA ou payez une lourde taxe frontalière ».

Ça va plaire. Cela plaira aux cols bleus américains et, jusqu’en France, à tous les partisans de la démondialisation. Ca plaira parce qu’il est certainement heureux qu’un élu se batte pour l’emploi de son pays mais, en dehors de Ford qui avait déjà, question de baisse des ventes, des deuxièmes pensée sur son usine mexicaine, Donald Trump a-t-il vraiment les moyens de dicter leurs décisions aux conseils d’administration des grandes entreprises américaines ?

Outre qu’il n’aurait, lui-même, pas apprécié que son prédécesseur veuille prendre les commandes de ses sociétés immobilières et qu’il ne se serait certainement pas laissé faire, les Etats-Unis sont, par excellence, le pays de la libre entreprise. L’Etat n’y peut pas tout. Le parti républicain, celui de Donald Trump, y est résolument hostile à toute intervention des pouvoirs publics dans l’économie. Le futur président américain va là contre ses convictions, ses intérêts d’homme d’affaires et contre tout ce qu’est son pays qui a, de surcroît, signé un accord libre-échange avec ses voisins mexicain et canadien lui interdisant d’imposer les droits de douane dont il menace General Motors et Toyota.

Donald Trump peut certes dénoncer cet accord. Il a d’ailleurs dit que telle était sa volonté mais cela heurterait de plein fouet les intérêts des exportateurs américains, augmenterait le nombre de chômeurs mexicains venant clandestinement aux Etats-Unis et cela prendrait, surtout, du temps car le Congrès se ferait tirer l’oreille et ni le Canada ni le Mexique ne l’accepteraient aisément. Alors quoi ?

Peut-être Donald Trump ne pense-t-il qu’à sa popularité et rien de plus.

Qu’il le sache ou non, il peut ne faire là que des moulinets sans conséquences mais peut-être prépare-t-il aussi un grand deal avec le monde des affaires. A travers ces gesticulations, peut-être est-il en train de proposer un donnant-donnant aux grandes entreprises américaines – un coup de frein aux délocalisations, ma popularité et ma future réélection, en échange des dérégulations massives et de l’abaissement à 15% de l’impôt sur les sociétés auxquels il entend précéder.

Ca se tiendrait. Les sociétés de Donald Trump n’y auraient elles-mêmes qu’avantage mais les salariés américains y seraient-ils gagnants ou perdants ? Là, ça se discute car lorsque l’Etat recule, c’est au détriment des plus faibles.

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