La majorité chiite du Parlement irakien a voté dimanche, avec le soutien du premier ministre, la demande de départ des 5200 soldats américains d’Irak. Un signe de l’influence iranienne dans ce pays "libéré" par les Américains en 2003.

Session extraordinaire du Parlement irakien, Dimanche 5 janvier 2020, au cours de laquelle a été votée la demande de départ des troupes américaines d’Irak.
Session extraordinaire du Parlement irakien, Dimanche 5 janvier 2020, au cours de laquelle a été votée la demande de départ des troupes américaines d’Irak. © AFP / AFP / IRAQI PRIME MINISTER'S PRESS OFFICE

Dans l’onde de choc qui a suivi l’élimination du général iranien Soleimani, il est un pays qui se trouve dans l’œil du cyclone, et c’est bien l’Irak. C’est là, bien sûr, qu’a été tué vendredi le chef de la force Al Qods par un drone américain, mais c’est surtout un pays qui tentait jusqu’ici de naviguer entre deux alliés exigeants : les États-Unis et l’Iran.

Cet équilibre a été rompu dans cette crise majeure, et hier, le Parlement de Bagdad a voté une résolution appelant au départ des troupes étrangères d’Irak, en premier chef les 5200 militaires américains qui y sont encore stationnés. 

Le premier ministre irakien, Adel Abdul Mahdi, a lui même demandé le départ des Américains, lui qui vivait en exil du temps de Saddam Hussein et n’a pu regagner l’Irak qu’à la chute du dictateur en 2003, provoquée par ces même soldats qu’il veut chasser aujourd’hui. 

C’est dire la chute d’influence considérable des États-Unis dans ce pays, où ils ont perdu 4.500 hommes et englouti des centaines de milliards de dollars depuis bientôt dix-sept ans. Si la demande du Parlement est exécutée, Donald Trump pourrait rester dans l’histoire comme le Président qui aura « perdu » l’Irak, au bénéfice de son ennemi juré, l’Iran.

Tout le monde en convient, l’Iran a développé une influence considérable en Irak ces dernières années, notamment en organisant et en finançant les puissantes milices chiites qu’on a vu à l’œuvre ces derniers jours.

Mais l’Irak est aussi un pays complexe. Hier, seuls les élus de la majorité chiites étaient présents, les députés kurdes et sunnites n’ont pas participé au vote, une absence qui en dit long sur les fractures de la société.

Depuis la chute de Saddam Hussein, l’Irak est aux prises avec cette réalité : c’est la marginalisation des Sunnites qui avait permis l’émergence de l’État islamique, tandis que les Kurdes flirtent avec une impossible indépendance.

La nouvelle crispation avec les États-Unis a radicalisé les positions, et rassemblé les forces chiites jusque-là divisées. Elle aura aussi fait passer au second plan le soulèvement de la jeunesse, principalement chiite, et qui s’en était prise directement à l’influence iranienne. Ce n’est pas le moindre paradoxe de l’action de Donald Trump.

L’autre victime collatérale de l’attaque de vendredi, c’est la lutte anti-Daech, menée par la coalition internationale en Irak. La coalition, dont fait partie la France, a dû interrompre son action qui n’est pas prête de reprendre, au risque d’une résurgence de ce qui reste du groupe djihadiste, défait l’an dernier.

48 heures après la mort du général iranien, les États-Unis estiment avoir restauré leur dissuasion, même si Donald Trump, en menaçant hier de s’en prendre à des cibles culturelles iraniennes a fait l’unanimité contre lui. 

Mais, dans la colonne moins, on trouve la décision iranienne de ne plus respecter les limites de l’accord nucléaire, les clameurs hostiles qui montent de Beyrouth, Bagdad et Téhéran, et des djihadistes de Daech qui doivent se réjouir du chaos. Le monde, décidément, n’est pas devenu plus sûr, contrairement à ce qu’affirme Washington. 

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