Au Congrès réuni pour confirmer le résultat du 3 novembre, et dans les urnes des sénatoriales de Géorgie, Donald Trump risque de tout perdre aujourd’hui, après un comportement antidémocratique inédit. Sauf coup de théâtre, Joe Biden sera bien le 46ème Président des États-Unis.

Donald Trump montant à bord d’Air Force One, lundi, à Marietta, Géorgie, pour retourner à Washington après avoir tenu un meeting électoral à la veille du deuxième tour des élections sénatoriales dans cet État-clé.
Donald Trump montant à bord d’Air Force One, lundi, à Marietta, Géorgie, pour retourner à Washington après avoir tenu un meeting électoral à la veille du deuxième tour des élections sénatoriales dans cet État-clé. © AFP / MANDEL NGAN / AFP

C’est le jour J de la transition américaine : une journée décisive pour la démocratie, car c’est de ça qu’il s’agit en réalité. Au Congrès à Washington, comme dans les urnes de Géorgie, se jouent non seulement les quatre prochaines années, mais aussi la stabilité et l’intégrité du système démocratique américain.

Le Congrès se réunit solennellement ce mercredi 6 janvier pour valider le choix des Grands électeurs, et donc proclamer Joe Biden 46ème Président des États-Unis. Mais jusqu’au bout, Donald Trump aura tenté d’inverser les résultats, faisant désormais reposer sur son vice-président, Mike Pence, qui présidera la séance du Congrès, la responsabilité de refuser le résultat.

Mike Pence, selon la comparaison faite par des constitutionnalistes, se retrouve en réalité dans le rôle de la star qui ouvre l’enveloppe contenant le nom du vainqueur aux Oscars, il doit lire ce qui est écrit, mais ce n’est pas lui qui décide. Or c’est ce que lui demande de faire Donald Trump qui a déjeuné avec lui hier ; et qui, la veille, disait lors d’un meeting public qu’il espérait que le vice-président se rallierait à son point de vue. Ajoutant mi-ironique, mi-menaçant, que s’il ne le faisait pas, il « l’aimerait moins »…

Selon le « New York Times », Pence aurait dit au Président lors de ce déjeuner qu’il n’avait pas le pouvoir de faire ce qu’il lui demande. Mais Donald Trump a aussitôt publié un démenti. Réponse dans quelques heures seulement.

Le comportement antidémocratique du Président risque fort de lui avoir coûté les deux sièges de sénateur de Géorgie. Les résultats définitifs ne sont pas encore tombés, mais ils penchent en faveur des deux challengers démocrates, le pasteur Raphael Warnock et Jon Ossoff. S’ils l’emportaient, les démocrates obtiendraient une majorité inespérée au Sénat, libérant Biden du veto permanent des Républicains.

Si ce résultat se confirme, ce sera l’aboutissement du comportement aberrant du Président sortant. L’enregistrement de sa conversation téléphonique avec un officiel républicain de Géorgie, lui demandant de lui trouver les 11 780 voix qui lui permettraient d’inverser le résultat du 3 novembre, restera dans l’histoire. Plus grave encore que les enregistrements qui avaient fait tomber Richard Nixon, a jugé Carl Bernstein, l’ancien journaliste du « Washington Post » à l’origine des révélations du Watergate.

A la fin de cette journée historique, Donald Trump aura épuisé tous les moyens légaux de se maintenir au pouvoir. Rappelez-vous le parcours du combattant depuis le 3 novembre, deux mois de comptage, de recours légaux, de pressions sur les officiels des États-clés. En vain.

Reste l’impensable, c’est-à-dire se maintenir par la force. Invraisemblable ? Pas si sûr, et c’est ce qui a poussé dix anciens ministres de la défense des deux bords, dont Dick Cheney et Donald Rumsfeld, les deux hommes à l’origine de l’invasion de l’Irak en 2003, pas vraiment des anges, à signer une déclaration appelant à ne pas utiliser l’armée pour « résoudre des conflits électoraux ».

Ce qui se passe en Amérique doit servir de leçon au reste du monde. Seuls de puissants contre-pouvoirs et l’intégrité de quelques hommes auront permis de traverser cette épreuve inédite, qui laissera néanmoins des traces profondes et pèsera sur le mandat de Joe Biden.

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