Trois suicides provoqués par la crise aigüe que traverse le pays ont relancé la colère des Libanais, alors que les négociations avec le FMI pour une aide d’urgence sont dans l’impasse.

« Il ne s’est pas suicidé, il a été tué de sang froid », proclament les manifestants dans le centre de Beyrouth, après le suicide d’un homme vendredi ; une critique de la classe politique rendue responsable de la crise économique et sociale du pays.
« Il ne s’est pas suicidé, il a été tué de sang froid », proclament les manifestants dans le centre de Beyrouth, après le suicide d’un homme vendredi ; une critique de la classe politique rendue responsable de la crise économique et sociale du pays. © AFP / Aline Lafoy / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Vendredi dernier, un homme de 61 ans s’est suicidé dans une rue du centre de Beyrouth, en laissant un mot bien en évidence sur son corps. "Je ne suis pas un hérétique, c’est la faim qui est une hérésie", a-t-il écrit, paraphrasant le refrain d’une chanson célèbre au Liban. A côté, son casier judiciaire vierge pour montrer qu’il était un honnête homme.

Ce suicide, suivi de deux autres ces derniers jours, ont choqué les Libanais, sidérés par la vitesse et l’ampleur de la crise économique et sociale de leur pays. Une crise qui dure depuis des mois, a provoqué un soulèvement de la population, a fait tomber un premier gouvernement… mais qui se prolonge inexorablement.

Tous les indicateurs sont au rouge vif. Les prix des produits alimentaires ont augmenté de 55%, le chômage est estimé à plus du tiers de la population active, la monnaie libanaise s’est effondrée, et les coupures d’électricité la norme plutôt que l’exception.

Ce ne sont que quelques éléments d’une crise qui touche tous les aspects de la vie des Libanais. La classe moyenne retombe dans la pauvreté, et les pauvres s’enfoncent dans le désespoir.

Il est rare de voir un pays s’effondrer sans qu’il y ait eu une guerre, un blocus économique ou un désastre naturel. Certes, le Liban est situé dans une région troublée et en subit les retombées ; mais de très nombreux Libanais blâment d’abord leur système politique et leurs dirigeants successifs, choisis sur une base confessionnelle.

La guerre civile qui avait ravagé le pays entre 1975 et 1990 s’était achevée sur un compromis qui permettait aux différentes factions libanaises, à base confessionnelle, de partager le pouvoir – et le gâteau économique. Ce compromis historique s’est transformé en rente de situation pour la classe politique, aux dépens du pays, de ses infrastructures défaillantes, et de sa population oubliée.

C’est ce système qui avait semblé vaciller à l’automne, lorsque des Libanais de toutes confessions sont descendus dans la rue, y compris dans le sud, fief du Hezbollah chiite. Mais le système a la vie dure, en raison, justement, des implications géopolitiques d’une mise à l’écart du Hezbollah pro-iranien.

Le gouvernement libanais s’était résolu à faire appel à l’aide du Fonds monétaire international, malgré les réticences du Hezbollah. Mais les discussions sont dans l’impasse, et aucune aide n’est attendue en l’absence de réformes.

Reste l’exode des Libanais les mieux formés, rejoignant une diaspora qui est déjà la plus importante au monde en proportion de la population. Une diaspora qui manifestait hier à Paris et à Londres en faveur d’un gouvernement de personnalités indépendantes.

« A travers le Liban aujourd’hui, écrit la rédactrice en chef du quotidien francophone de Beyrouth, L’Orient-le-Jour, règne une grande fatigue, une grande colère, une certaine agressivité. Mais aussi, et c’est assez incroyable, une grande douceur. De celle que s’accordent entre eux les grands blessés ». 

Tout est dit sur l’agonie du grand malade qu’est devenu le Liban.

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