Guetta Kamikaze ne veut pas dire aveugle. Derrière le terroriste qui a jeté, hier, une voiture bourrée d’explosifs contre un autobus israélien, derrière l’homme qui a tué seize personnes en se tuant, il y a un mouvement, le Jihad islamique, dont le chef expliquait, l’après-midi même, le sens de cet attentat. « Nous avons désormais dépassé le stade de la défaite et de la honte, déclarait par téléphone M. Challah à la télévision iranienne. Avec l’aide de Dieu, nous allons continuer jusqu’à ce que nous obtenions l’indépendance et la victoire. Tant que l’occupation continuera, les sionistes ne connaîtront jamais la stabilité ni la sécurité. Grâce à ses combattants héroïques, poursuivait-il, le peuple palestinien a prouvé qu’il est un peuple victorieux, capable de franchir tous les obstacles mis sur son chemin et de détruire le rêve de Sharon ». Par la terreur, le Jihad espère, autrement dit, obliger Israël à se retirer des territoires occupés, l’en chasser par la force, gagner la guerre - une guerre qui ne s’arrêterait alors pas aux frontières de 1967. Le Jihad veut chasser les Israéliens d’Israël mais c’est là qu’il se trompe. Toutes considérations morales mises à part, en dehors même du débat sur le terrorisme, l’erreur des radicaux palestiniens est de voir en Israël un Etat colonial, fondé sur un rapport de forces qu’un autre rapport de forces pourrait défaire. Or Israël n’est pas la projection d’une puissance voulant se tailler un empire. C’est l’aboutissement d’un rêve, conçu dans l’Europe centrale du début du siècle passé, lorsque les Juifs de Pologne et de Russie étaient humiliés et persécutés, d’un rêve qui s’est imposé après les six millions de morts de l’Europe nazie, d’un projet national auquel n’adhéraient pas, loin s’en faut, tous les Juifs du monde mais qui a créé une réalité, une nation, des citoyens et un pays – de la même manière qu’est en train de se créer, maintenant, dans l’adversité, la nation palestinienne. Jamais la terreur n’amènera donc les Israéliens à plier bagages. Chaque attentat ébranle Israël. Chaque bombe y rend la vie plus intenable, éprouvante, épouvantable. Ces attentats font évidemment mal aux Israéliens mais leur premier effet est de les souder dans l’épreuve, de leur faire oublier, comme dans toute guerre, les différences entre droite et gauche, laïcs et religieux, camp de la paix et partisans de l’annexion des Territoires. Face à des Palestiniens qui croient pouvoir gagner par la terreur, Israël se raidit dans la douleur et chaque bombe éloigne un peu plus les possibilités de compromis et de paix. Par la terreur, les radicaux palestiniens croient pouvoir gagner, imposer un partage pour les uns, jeter, pour les autres, les Israéliens à la mer, mais ils ne font ainsi que prolonger le malheur de leur peuple. Quand les bombes se taisent, ou seulement s’espacent, quand la Ligue arabe propose un plan de paix juste et crédible, la droite israélienne perd pied, la gauche relève la tête, l’opinion israélienne bascule vers le compromis auquel elle aspire. Tout redevient alors possible, non pas joué mais possible, alors que la violence rend vain tout espoir car Israël n’est pas une colonie. Pire que des crimes, ces attentats sont une faute.

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