L’ouverture de poursuites par la Cour pénale internationale contre les responsables des crimes de guerre au Darfour devrait être très bientôt annoncée. Ce serait la vraie naissance de cette Cour dont les Etats-Unis combattent l’existence même Les Nations-Unies font maintenant état de 180 000 morts mais ce bilan, par définition provisoire, est généralement considéré comme inférieur à la réalité. Certains vont jusqu’à parler de 300 000 victimes et même si ce second chiffre est à prendre avec autant de précautions que le premier, d’innombrables crimes de guerre ont été et sont commis au Darfour, théâtre, au nord-ouest du Soudan, d’un sanglant conflit vieux de trente mois. Au début de l’année 2003, des groupes rebelles attaquent des bâtiments officiels pour dénoncer, disent-ils, l’abandon dans lequel le gouvernement soudanais laisserait cette région montagneuse et agricole. Ces incidents ne naissent pas de rien. Longtemps indépendant, le Darfour ne reconnaît pas pleinement l’autorité de la capitale, Khartoum, et les conflits sont récurrents entre la population locale, noire et sédentaire, et les nomades arabes de la plaine. On se dispute la terre et les droits de pâturage. Le conflit est en fait très ancien mais déjà confronté à la quasi sécession du Sud-Soudan et à la difficulté croissante de maintenir l’unité d’un pays fait d’une multitude de peuples et grand comme cinq fois la France, le gouvernement réagit en formant des milices d’autodéfense. Tout s’embrase et une milice de cavaliers, les Janjaweed, devient tristement célèbre pour les coups de main qu’elle lance contre des villages préalablement bombardés par l’armée de l’air. Khartoum a toujours nié tout lien avec les Janjaweed mais n’a jamais rien fait non plus pour les empêcher de nuire et les massacres, les viols et les pillages auxquels ils se sont livrés, ce nettoyage ethnique des paysans noirs, ont conduit quelques deux millions d’habitants du Darfour à fuir leurs fermes pour devenir des réfugiés dans des camps de fortune installés à la périphérie des villes ou de l’autre côté de la frontière tchadienne. Malgré l’ampleur de l’aide humanitaire étrangère, souvent contrariée par Khartoum, malgré les pressions internationales et l’intervention de troupes de l’Union africaine, malgré un cessez-le-feu signé il y a deux mois, les victimes des maladies et de la malnutrition s’ajoutent à celles des violences directes. C’est ainsi que le Conseil de sécurité a fini par saisir de ces crimes la Cour pénale internationale, le Tribunal permanent créé, en 2002, à la Haye pour juger des génocides et crimes de guerre. Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis avaient fini par accepter cette résolution alors qu’ils s’opposent véhémentement et activement à l’existence même de cette Cour depuis la première élection de Georges Bush qu’elle ne puisse être politiquement utilisée contre l’Amérique. Pour le Darfour comme pour l’idée même de Justice internationale et son avenir, l’ouverture de poursuites que le procureur général de la Cour, pour l’argentin Luis Moreno Ocampo, devrait annoncer aujourd’hui marque donc un tournant. Non seulement le Soudan est maintenant vraiment sur la sellette mais au moment même où Amnesty International vient d’accuser les Etats-Unis d’avoir crée un « archipel » de prisons secrètes à travers le monde et un goulag à Guantanamo, l’Amérique contribue à donner corps à la Cour pénale.

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