Dmitri Medvedev était, hier, en Allemagne. C’était son premier voyage dans une démocratie occidentale et le nouveau président russe, jeune, rond, charmeur, s’est montré aussi fidèle à son prédécesseur qu’étonnamment novateur. A ses hôtes qui lui avaient demandé la libération de Mikhaïl Khodorkovski, industriel jeté en prison et dépossédé de tout pour s’être opposé au Kremlin, il a répondu, fin de non recevoir, que « l’exécution des peines ne devait pas relever de négociations interétatiques ». Sur l’éventuel élargissement de l’Otan à l’Ukraine et la Géorgie, il a été encore plus cassant. « Cela saperait, a-t-il dit, les relations entre la Russie et les autres pays européens de manière radicale et pour longtemps ». Sourire en plus, c’était du signé Poutine mais Dmitri Medvedev n’en a pas moins lancé deux propositions détonantes, marquant une volonté de compromis, d’entente même, avec l’Occident. La première est de placer les pipelines acheminant le gaz et le pétrole russes vers l’Ouest sous l’autorité de consortiums internationaux auxquels participeraient la Russie, l’Union européenne et les pays de transit. C’était une manière de rassurer les Etats de l’Union sur la sécurité des approvisionnements russes, problème épineux entre tous dont la solution faciliterait grandement la conclusion d’un accord de partenariat entre les deux pôles du continent. Dmitri Medvedev a fait, là, un geste d’ouverture et, plus spectaculaire encore, il a aussi avancé l’idée d’un « pacte régional » de sécurité européenne, remplaçant, a-t-il expliqué, les structures héritées de la Guerre froide. Pour l'instant, l’idée n’est pas claire. Il peut très bien s’agir d’une énième et classique tentative russe d’enfoncer un coin entre les Etats-Unis et l’Europe et de contourner l’Otan. Ce vieux rêve soviétique trouvait d’ailleurs un écho dans le propos du président russe lorsqu’il a estimé que « l’atlantisme comme seul principe historique (était) révolu » mais l’intéressant, le neuf, est que Dmitri Medvedev n’a nullement exclu l’Amérique de cette proposition de pacte régional. Phrase stupéfiante, il a bien au contraire précisé que ce qu’il avait en tête était « l’unité de l’espace euratlantique de Vancouver à Vladivostok », autrement dit d’une côte pacifique à l’autre. Si les mots ont un sens, le président russe vient de proposer d’organiser, à travers un pacte européen, l’unité d’un nouvel ensemble occidental dont la Russie deviendrait partie prenante. Beaucoup seront tentés de hausser les épaules. Il y aurait quelques raisons de le faire mais on aurait, pourtant, tort d’ignorer cette proposition car l’élite russe, économique et politique, se considère comme occidentale, est hantée par une méfiance de la Chine et craint, jusqu’au racisme le monde arabo-musulman. Cette Russie post-soviétique ne veut pas laisser l’Otan s’avancer à ses frontières mais elle voudrait aussi, tout autant, faire bloc avec les Occidentaux, l’Europe comme les Etats-Unis. C’est cette Russie-là, celle des nouvelles générations, qu'incarne Dmitri Medvedev.

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