C’est une tentative qui semble vaine, désespérée et, pour tout dire, inutile. A priori, on ne voit ni comment ni pourquoi la France pourrait parvenir, là, dans les prochaines semaines, à ramener Israéliens et Palestiniens autour d’une table de négociation alors qu’ils ont, chacun, des préalables que l’autre refuse et on le voit d’autant moins que la proposition qu’Alain Juppé leur a faite en milieu de semaine dernière est de commencer par discuter du tracé des frontières sur la base des frontières de 1967, celles-là mêmes que Benjamin Netanyahu qualifie d’« indéfendables » . Cela, le Premier ministre israélien l’avait sèchement refusé à la fin du mois dernier à Barack Obama. Il avait ensuite réitéré ce refus devant le Congrès américain qui l’avait applaudi à chacune de ses phrases et il irait maintenant dire « oui » à la France après avoir dit « non » au président des Etats-Unis, le pays qui est son principal allié ? Ca ne semble guère plausible mais le fait est que Benjamin Netanyahu n’a pas, à ce jour, repoussé la proposition française, que le président palestinien l’a acceptée, qu’Alain Juppé sera aujourd’hui et demain à Washington pour tenter de faire endosser son plan par les Américains et qu’il ne paraît pas complètement pessimiste sur la possibilité de lui donner vie. « Il y a une chance » que cette conférence de paix ait lieu, dit-il et ce n’est en effet pas exclu pour trois raisons. La première est qu’Alain Juppé a clairement laissé comprendre à Benjamin Netanyahu que, s’il n’acceptait pas cette proposition, la France pourrait envisager d’apporter sa voix, en septembre, à la reconnaissance de la Palestine par l’Assemblée générale de l’Onu ou ne pas, en tout cas, lui opposer son veto. Le message était que beaucoup de pays européens pourraient alors faire de même et que les Etats-Unis pourraient répugner, dans ces conditions, à être le seul pays à bloquer cette reconnaissance alors qu’ils font tant d’efforts pour retrouver une popularité dans le monde arabe. La deuxième raison pour laquelle cette tentative n’est pas forcément aussi vaine qu’on pourrait le penser est que Benjamin Netanyahu peut difficilement dire « non » à la France et à l’Europe après avoir dit « non » à Barack Obama et se couper par là de tous ses alliés occidentaux au moment même où une forte majorité des Etats membres de l’Onu s’apprête à voter la reconnaissance de la Palestine. Quant à la troisième raison, elle est que le Premier ministre du gouvernement le plus à droite qu’Israël ait connu peut se dire qu’il n’aurait qu’intérêt à accepter la proposition française puisque la réouverture de négociations aurait de bonnes chances de repousser le vote de l’Onu et qu’il pourrait toujours refuser ce dont il ne veut pas au cours de ces discussions. Benjamin Netanyahu pourrait décider de jouer la montre mais, s’il acceptait, demain, les frontières de 1967 comme base de départ d’une négociation, la donne en serait changée et les pressions internationales comme le simple bon sens pourraient enclencher une vraie dynamique de paix. L’espoir est faible mais la France entend forcer le destin au Proche-Orient.

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