L’Espagne inquiète. Elle inquiète tant que les ministres de Finances et les banquiers centraux du G-7, des sept grandes puissances économiques que sont les Etats-Unis, le Canada, le Japon, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Italie, étaient hier pendus au téléphone pour débattre de la déconfiture de ses banques, ruinées par l’éclatement de sa bulle immobilière.

Quatrième économie de la zone euro, l’Espagne inquiète car sa crise vient s’ajouter à la crise grecque, aux difficultés italiennes, à l’endettement massif des pays européens et à la faiblesse de leur croissance dans une spirale infernale qui menace l’euro, l’Europe et le monde puisqu’un effondrement de la monnaie unique déferait bientôt l’Union après avoir défait les économies de l’Europe et du monde. L’heure n’est pas grave. Elle est extrêmement grave et toute la question est de savoir si ce moment peut-être surmonté.

Il n’y a pas là de certitudes mais seulement des scénarios. Dans l’un, les épargnants espagnols, petits et grands, cèdent à la panique dans les jours à venir et retirent leurs euros de leurs banques pour les mettre à l’abri ailleurs en Europe et éviter, surtout, qu’ils ne finissent par perdre la moitié de leur valeur avec un retour à la peseta. Cette panique accélèrerait celle des épargnants grecs avant d’atteindre le Portugal et l’Italie et les dirigeants européens devraient alors faire face à une crise absolument majeure alors que ni la Grèce ni la France n’auraient encore de majorité parlementaire puisqu’elles n’auront voté que le 17 juin.

C’est le scénario catastrophe. On ne peut pas l’exclure mais il n’est pas le plus probable car tous les épargnants ne sont pas susceptibles d’avoir ce réflexe et que, même dans ce cas, il serait sans doute encore temps d’enrayer la panique espagnole avant qu’elle ne touche d’autres pays. La catastrophe n’est pas certaine mais, quand bien même n’aurait-elle pas lieu, l’Europe devra savoir redresser la barre au plus vite.

C’est dans les semaines qui viennent, durant l’été, qu’il lui faut arriver à un consensus opérationnel sur les moyens de concilier le rétablissement de ses équilibres budgétaires et la relance de ses économies. Nécessité faisant loi, elle devrait y parvenir mais, premier problème, on n’y est pas encore. Mme Merkel va répétant qu’on ne ferait qu’aggraver l’endettement en finançant la croissance à crédit. La France, l’Espagne et l’Italie en conviennent et sont bien décidées à ne pas relâcher la lutte contre les déficits mais, à l’unisson des Etats-Unis, elles martèlent que l’endettement de l’Europe ne fera que grossir si un effort de relance volontariste ne vient pas soutenir sa croissance.

Des solutions existent. Elles sont nombreuses. A Bruxelles comme dans toutes les grandes capitales européennes on planche dur sur les propositions qui seront examinées, comme prévu, par le Conseil européen des 28 et 29 juin mais toutes tendraient à tellement resserrer les économies de la zone euro en les plaçant sous un contrôle commun que l’Union en prendrait, de fait, une évolution fédérale. L’Allemagne y est prête. François Hollande, on ne sait pas. Le reste de l’Europe est partagé et, second problème, ce n’est ainsi pas seulement à un tournant économique qu’en est l’Union mais également, et surtout, avant tout, politique.

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