l'effigie de John Steele sur le clocher de Sainte-Mère- Eglise
l'effigie de John Steele sur le clocher de Sainte-Mère- Eglise © Radio France / Gilles Gallinaro

Ce jour-là, la victoire n'était pas encore acquise mais déjà certaine. Il fallut encore de longs mois pour que toute l'Europe fût libérée mais ce jour du débarquement, on ne se représente plus ce qu'il a été.

Ca y était ! La barbarie perdait pied. Après tant d'années d'horreurs sans nom, l'espoir renaissait et cet espoir n'était pas que celui de la liberté, liberté perdue, liberté chérie, liberté retrouvée. Il était aussi celui d'un monde meilleur, d'un monde sans nationalismes et sans haine, d'un monde de paix et de justice sociale, d'un monde régi par une loi commune édictée par ce Parlement des nations que devait être l'Organisation des nations unies, d'un monde qui ne connaîtrait plus ni guerre, ni injustices, ni génocides, bien sûr. Ce jour-là, le monde a cru tout cela mais soixante-dix ans plus tard, à l'heure où l'on s'apprête à rendre hommage aux derniers des vétérans débarqués sur les plages normandes sous un déluge de feu, comment ne pas avoir honte ? Comment ne pas rougir de ce que nous avons fait de la liberté qu'ils nous ont rendue et d'avoir été si peu à leur hauteur ? Car enfin, souvenons-nous. Pour une moitié de l'Europe, ce jour de bonheur fou fut le début d'une autre oppression. Nous retrouvions la liberté mais, avec notre assentiment, parce que nous ne voulions plus combattre et l'avions abandonnée, l'Europe centrale bientôt débarrassée d'Hitler tombait aux mains de Staline et entrait dans une nouvelle nuit.

Peut-être, sans doute, était-ce inévitable mais, au lieu d'être l'avènement de la paix universelle, la Libération fut aussi le début de la Guerre froide, d'un monde divisée en deux blocs qui pouvaient tout se permettre dans leurs sphères d'influence. Au nom du socialisme, l'URSS pouvait écraser l'insurrection de Budapest et, plus tard, le Printemps de Prague. Au nom de la liberté, l'Amérique pouvait soutenir les plus abominables des dictatures et en susciter de nouvelles. En Europe occidentale, nous nous souvenons de ces décennies comme d'un âge d'or, celui des Trente glorieuses et d'inestimables conquêtes sociales, mais pour l'autre Europe et la majorité du monde, même pour celui qui se libérait du joug colonial, ce fut un sombre temps où chacun des deux blocs imposait son ordre contre celui de l'autre dans un complet mépris de la liberté. Mais bon, froide ou pas c'était la guerre, dira-t-on. Oui, bien sûr, mais comment oublier alors que lorsque Mikhaïl Gorbatchev a tendu la main aux démocraties et proposé de construire la " Maison commune européenne ", les démocraties ont refusé de l'aider, pavant ainsi la route d'un Vladimir Poutine et semant les graines du nationalisme russe ? Nous en payons le prix aujourd'hui, le prix ukrainien mais, avant tout, celui d'un monde, sans loi, sans pilote, sans idéaux et plus que jamais en proie aux nationalismes partout renaissant.

De la Libération, le seul grand acquis dont nous n'ayons pas à rougir est l'unité européenne, cette Union qui est le bastion des libertés et de la solidarité sociale, mais qu'en avons-nous fait et que faisons-nous pour la défendre à l'heure où nous commémorons le Débarquement sans plus savoir que la liberté est une bataille, la paix un combat et l'espérance, une volonté ?

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