Où l'on voit pourquoi l'Arabie saoudite voudrait brise ce si riche Emirat.

Ce n’est pas aussi compliqué qu’on pourrait le croire. Ce Qatar avec lequel l’Arabie saoudite, les autres pays du Golfe et l’Egypte ont rompu hier toute relation en l’accusant de soutenir le terrorisme est l’un des plus petits Etats arabes, le premier exportateur mondial de gaz naturel et l’inventeur et propriétaire de la très puissante chaîne de télévision panarabe Al-Jazeera.

Cela signifie que l’orgueilleuse Arabie saoudite, chef de file des pays sunnites de la région, ne supporte pas l’insolente richesse de ce Lilliput qui lui a permis non seulement de s’offrir quelques joyaux de l’industrie mondiale et de s’adjuger la Coupe du monde de football de 2022 mais, aussi, de développer une diplomatie très originale, totalement indépendante des Saoudiens et profondément irritante pour les autres régimes sunnites.

Famille régnante et, l’un dans l’autre, propriétaire de cet Emirat, les Al-Thani en sont venus à considérer, pour paraphraser le Guépard, que le seul moyen que rien ne change était que tout change. Pour préserver leurs intérêts et n’être pas balayés par les révolutions qui couvent au Proche-Orient et y avaient explosé en 2011, ils en sont donc venus à se faire des agents du changement au Levant et jusqu’au Maghreb, à créer Al-Jazeera en y accueillant des journalistes empêchés de travailler dans les autres pays arabes et en organisant ainsi, sur les écrans, un permanent débat panarabe dans lequel chacun peut faire entendre sa voix, des plus modérés aux plus radicaux.

Culturellement parlant, le Qatar a révolutionné le monde arabe et, politiquement parlant, il s’est fait défenseur, après les révolutions de 2011, des Frères musulmans qui avaient démocratiquement remporté les premières élections libres en Egypte et en Tunisie. Les Frères sont des islamistes. Ils avaient même été, dans les années 20, les inventeurs de l’islamisme mais ce ne sont pas des organisateurs d’attentats, contrairement à Daesh ou al Qaëda hier.

Les Al-Thani ont soutenu les Frères parce qu’ils voulaient en faire des partis de gouvernement qui ne sèmeraient pas la révolution jusque chez eux. Ils ont voulu accompagner le mouvement pour mieux le canaliser mais cela a valu au Qatar l’hostilité des monarchies du Golfe et du maréchal Sissi, le nouveau dictateur égyptien, qui considèrent, eux, les Frères comme une menace à éradiquer.

Et puis il y a la question iranienne.

Là, les Al-Thani ont vraiment aggravé leur cas car ils ont développé des relations normales avec les Iraniens, ennemis jurés des monarchies du Golfe, de monarchies sunnites qui savent, car c’est vrai, que l’Iran chiite ne rêve que de les abattre et d’étendre son influence dans tout le Proche-Orient arabe.

Le Qatar a trahi le Golfe en pensant à son propre avenir et les monarchies voudraient aujourd’hui l’amener à repentance en organisant son blocus. Ce n’est pas surprenant. C’est même logique mais le Qatar abrite une base américaine indispensable aux Etats-Unis dans leur lutte contre Daesh et l’Iran lui a aussitôt proposé toutes les livraisons dont il aurait besoin. Cette affaire ne fait que commencer.

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