Le régime iranien déstabilise le Proche-Orient mais Donald Trump, les Israéliens et les sunnites ont tort de vouloir engager l'épreuve de force avec lui

Avant-hier à Berlin, hier à Paris, à Londres aujourd’hui, le message de Benjamin Netanyahou est le même. Donald Trump a eu raison de dénoncer le compromis nucléaire passé avec l’Iran et vous avez tort de refuser d’en sortir, est venu dire le Premier ministre israélien aux Européens et ses arguments ne sont pas nécessairement faux.

Il est, au contraire, vrai que l’Iran ambitionne de devenir la puissance dominante du Proche-Orient, qu’il s’est maintenant installé en Syrie après l’avoir fait en Irak et au Liban, qu’il se dote de missiles de longue portée et que ce pays chiite ne se cache guère de vouloir prendre le pas sur les pays et les populations sunnites pourtant majoritaires au Proche-Orient comme dans l’islam. 

L’Iran est, autrement dit, une force de déstabilisation dont l’affirmation peut ouvrir une guerre de cent ans entre les deux religions de l’islam et pose, également, une menace existentielle pour l’Etat israélien que l’ayatollah Khamenei, le Guide suprême iranien, vient encore de qualifier de « tumeur cancéreuse qui doit être éradiquée ». Le problème est si réel que, contre l’Iran, les régimes sunnites et Israël font discrètement front depuis une longue décennie et soutiennent tous la dénonciation du compromis nucléaire par Donald Trump.  

Benjamin Netanyahou a des arguments que les Saoudiens partagent mais ce sont pourtant les Européens qui ont raison et lui qui a tort. 

Londres, Paris et Berlin ont raison puisque, sans le compromis que les grandes puissances et l’Iran avaient passé en 2015, il aurait fallu soit bombarder les sites nucléaires iraniens et ouvrir la porte à une nouvelle aventure soit laisser ce régime se doter de la bombe, ce qui n’aurait pas été moins dangereux.

L’accord de 2015 a permis de sortir de cette alternative détestable et sa fin poserait le même dilemme qu’hier : bombarder ou laisser faire. 

Cet accord, il ne faut donc pas le dénoncer mais le compléter par des négociations sur la projection politico-militaire de l’Iran qu’il serait possible d’ouvrir car le régime iranien a un besoin vital de ne pas laisser un embargo occidental se refermer sur lui. 

La lucidité est du côté de l’Europe mais, contre les Européens, Donald Trump dispose des sanctions économiques qu’il peut imposer à celles de leurs entreprises qui continueraient à commercer avec l’Iran. Total et, maintenant, Peugeot ont dû céder à ce chantage. L’embargo se remet de fait en place et le constatant, les Iraniens paniquent et font mine – mine seulement mais tout de même – de reprendre leur enrichissement d’uranium pour dissuader les Européens de s’incliner devant les pressions américaines. Lentement mais surement, les choses dérapent car les ambitions iraniennes sont aussi insupportables aux Israéliens qu’aux Etats sunnites.

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