Présent en France pour les commémorations du débarquement en Normandie, le Président américain se comporte régulièrement comme l’ennemi de ses alliés, une situation paradoxale qui pose questions.

Donald Trump passe en revue les Royal Guards à son arrivée à Londres lundi 3 juin.
Donald Trump passe en revue les Royal Guards à son arrivée à Londres lundi 3 juin. © AFP / MANDEL NGAN / AFP

Une question qui ressemble à un sujet de philo au Bac, c’est de saison : peut-on être l’ennemi de son allié ? Ca peut sembler incongru comme interrogation, mais c’est pourtant ce qu’on peut se demander en observant Donald Trump aux commémorations du débarquement.

Depuis bientôt deux ans et demi qu’il est installé à la Maison Blanche, Donald Trump se comporte comme s’il n’avait pas d’alliés, ce mot qui servait à l’époque de la guerre pour désigner les nations qui ont débarqué il y a 75 ans en Normandie. Nous vivons donc cet immense paradoxe qui fait des États-Unis un allié de la France et de l’Europe, mais dont le Président se vit comme leur ennemi, mot qu’il a déjà employé pour décrire l’Union européenne.

Les États-Unis, le Canada et la plupart des pays d’Europe appartiennent depuis sept décennies à l’Alliance atlantique -toujours cette notion d’alliés-, mais Donald Trump n’a de cesse de tancer les Européens qui ne payent pas suffisamment, et a du se faire prier pour dire à haute voix qu’il restait lié par les clauses d’assistance mutuelle automatique en cas d’agression.

Même chose avec l’Union européenne, héritage de la guerre, conçue pour en éviter la répétition, et que Donald Trump déteste au point de conseiller à Theresa May d’en claquer la porte sans accord, et de flatter tous ceux qui en veulent la destruction. Avec des alliés comme ça, qui a besoin d’ennemis ?

Pour autant, il reste notre allié… A écouter les responsables européens, à quelques exceptions près comme les Polonais ou les Hongrois qui adorent Donald Trump, les autres considèrent toujours les États-Unis comme des alliés, MALGRÉ leur président.

Et de fait, sur plusieurs fronts de tension à travers le monde, ils se comportent comme tels. Dans la lutte antiterroriste par exemple, la coopération ne souffre pas de ces tensions politiques, y compris en Afrique sahélienne comme l’a montré la récente opération française de récupération des otages au Burkina Faso, montée avec une aide américaine.

C’est plus ambigü au Moyen Orient : Français, Britanniques et Américains sont engagés côte à côte avec les Kurdes de Syrie contre Daech, mais leurs stratégies divergent face à l’Iran, ou sur le conflit israélo-palestinien. En Asie, rebaptisée Zone Indo-Pacifique, la France affiche ses ambitions stratégiques face à la Chine, mais elle se démarque des États-Unis dans leur volonté de découplage avec Pékin. Bref, c’est une véritable alliance à géométrie variable.

Est-ce le seul fait de Trump ? C’est la question qui agite les cercles diplomatiques. Quelle est la part de cette dégradation qui est attribuable au caractère du Président ? Et quelle est la part « structurelle ». 

Benjamin Haddad, un chercheur français rattaché à un think tank américain, l'Atlantic Council, vient de publier un livre, intitulé « Le paradis perdu » (Grasset), dans lequel il met justement en garde les Européens que « Donald Trump n’est ni un accident de l’histoire, ni un phénomène passager. Il est, ajoute-t-il, le symptôme d’une transformation profonde de la puissance américaine en crise ». 

A méditer en regardant les chefs d’État alliés sur les plages du débarquement aujourd’hui : l’image sera belle, mais les tensions bien réelles.

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