La France est restée la France. C’est en substance ce que disait hier soir Jacques Chirac. Il l’a bien dit. Il avait raison car une France qui ne se serait pas unie, au-delà des nécessaires et légitimes clivages politiques, pour dire « non ! », tout simplement « non ! » à un homme qui prétendait faire sortir la France de l’Europe, à un homme qui réduit l’extermination industrielle d’êtres humains, l’abomination nazie, à un « détail » de l’histoire - une France qui ne serait pas dressée contre cet homme-là, n’aurait plus été la France. Nous sommes, hier, sortis d’un cauchemar mais maintenant que nous en sommes sortis nous ne devons pas oublier pourquoi nous en étions arrivés là, il y a quinze jours. Si un Jean-Marie Le Pen avait pu se positionner pour le second tour, c’est avant tout parce que la gauche et la droite étaient dans un tel état de désarroi, que les voix, au sein des deux camps, s’étaient éparpillées, dispersées entre des forces qui toutes cherchaient des alternatives aux deux grands partis de gauche et de droite. La France était en quête d’autre chose car cette élection était biaisée. Nous élisions un Président, un Président que la Constitution charge de diriger la France, de nommer le Premier ministre, de faire à travers ce choix les grands choix du pays, or ce Président n’est aujourd’hui plus en mesure de vraiment décider. Il ne l’est plus non pas à cause d’un complot. Il n’y en a pas. Non pas parce que les deux grands candidats en lice n’étaient pas à la hauteur. Ils l’étaient, y compris celui que le premier tour a éliminé. Le Président de la République n’est plus en situation de décider seul car devant la réduction des distances et l’internationalisation des problèmes, nous avons décidés, en Europe, d’unir nos forces dans une Union qui nous permette d’aborder ensemble les questions des transports, de l’environnement, de l’énergie, de l’immigration, des troubles ou des guerres à nos frontières, de la protection sanitaire, de notre défense, de la compétition industrielle. Nous l’avons fait car, face à Boing, il vaut mieux opposer Airbus que Dassaut, car la vache folle, ça ne se résout pas en ordre dispersé, car les armées de puissance moyenne ne sont plus en mesure de peser seules dans un monde incertain, car l’embouteillage du ciel, des routes ou de la Manche sont des problèmes européens et non pas nationaux. Heureusement que nous nous sommes unis dans l’Europe, mais dès lors les décisions se prennent à quinze, dans la négociation permanente, dans le cadre des accords que nous avons signés, et aucun des dirigeants nationaux ne décide plus seul. Ce n’est plus un Président à l’ancienne que nous élisons. C’est notre représentant dans l’Union et ni Lionel Jospin ni Jacques Chirac ne nous disait « voilà ce qui peut se faire dans le cadre de la France, voilà ce que nous aurons, et comment, à décider à quinze ». Pas plus l’un que l’autre ne nous disait ce qu’est sa vision de la démocratie européenne que nous avons maintenant à construire. Ca n’allait pas, rien n’était crédible. Les Français le savaient. Il s’agit, maintenant, d’être clair, d’ouvrir le débat européen, car c’est de l’unité européenne, de son renforcement et de son organisation, que dépend notre avenir - notre sécurité nationale, sociale et individuelle.

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