Moins de six mois. C’est à peine six mois après avoir été triomphalement élu, en novembre dernier, à la tête du Parti travailliste israélien, qu’Amram Mitzna a remis sa démission dimanche soir, expliquant qu’il n’était pas fait pour « les manœuvres, les coups bas et la brutalité » auxquels il se heurtait depuis sa prise de fonction. Pour son honneur, il ne l’était pas. Héros des guerres d’Israël et vieil adversaire d’Ariel Sharon, le général Mitzna est un de ces paysans soldats, élevés dans les kibboutz, les fermes coopératives sur lesquelles s’était fondé l’Etat juif. Il n’aimait pas la politique, s’en était donc toujours tenu à l’écart et il avait fallu le blocage du processus de paix et la violence du cycle attentats-répression pour qu’il se décide à quitter sa mairie d’Haïfa, l’une des rares villes d’Israël où Juifs et Arabes continuaient à vivre en bonne entente. C’est en homme seul, fort de sa seule volonté proclamée de reprendre, sans conditions, les négociations avec les Palestiniens, qu’il s’était présenté à la direction du Parti travailliste et c’est en tant que tel, en pur, en provincial honnête et pragmatique, qu’il avait été plébiscité par les militants de base, à la stupeur et la rage de l’appareil, des clans organisés et de leurs chefs. Il y avait eu quelque chose de gaullien dans sa démarche, un appel au sursaut national, le général s’élevant au-dessus de la mêlée, mais Amram Mitzna croyait qu’il suffit d’être honnête et d’avoir raison pour s’imposer. Plus que de Gaulle, il était Alceste, le Misanthrope de Molière, toujours indigné par la bassesse et révulsé par la seule idée du compromis avec la faiblesse humaine. Candide ou trop vertueux, il n’était pas de taille et n’avait pas conquis son poste, que tous les caciques du parti se sont ligués contre lui, entravant son action, moquant sa naïveté et le poussant, jour après jour, à la démission. Il s’est retiré comme il était venu, seul et outré, ne mâchant pas ses mots, mais il n’était pas parti que la presse israélienne et les dirigeants travaillistes réalisaient, hier, qu’il avait peut-être été la dernière chance d’un parti qui avait créé Israël avant de le diriger pendant trente ans mais paraît maintenant à bout de souffle. Comme toute la gauche occidentale, les travaillistes israéliens souffrent du rejet de l’Etat-Providence par les classes moyennes, du recul de la classe ouvrière et des syndicats, de l’apparition de nouvelles industries et de l’individualisation du Travail. Comme toute la gauche, le Parti travailliste, battu en brèche par une droite libérale, peine à trouver ses marques dans un nouveau siècle mais la gauche israélienne souffre, en plus, de l’échec du processus de paix auquel elle s’était identifiée depuis les accords d’Oslo. Quelles qu’en aient été les raisons, qu’il faille en accuser les ambiguïtés de Yasser Arafat, l’inconséquence des Travaillistes ou les deux, le dialogue n’a pas porté ses fruits et, face à la méthode forte prônée par Ariel Sharon, les Travaillistes n’ont pas su ouvrir d’autres voies à la paix. Sur le terrain social comme sur la sécurité d’Israël, ils ne proposent plus rien de clair et la démission d’Amram Mitzna l’a fait voir.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.