En campagne pour les élections européennes, Nicolas Sarkozy avait des mots justes, hier, à Nîmes. « L’Europe ce n’est pas « eux ». L’Europe c’est nous », a-t-il lancé après avoir longuement et passionnément expliqué que le problème n’était pas de savoir ce que l'Europe pouvait mais ce qu’elle voulait ; devait, comme à ses débuts, faire de la politique et avoir des politiques communes et que c’était elle, elle seule, qui pouvait « apporter la réponse à la profonde crise intellectuelle et morale » dont la crise économique est le signe car « le besoin d’Etat, a-t-il dit, la demande de protection sociale, l’exigence d’une régulation de la finance globale, la nécessité de construire un nouvel ordre économique et monétaire mondial – tout cela ramène les idées, les valeurs de l’Europe au premier plan ». Rappelant, sans modestie aucune, le volontarisme que sa présidence avait insufflé à l’Union, Nicolas Sarkozy a, en un mot, prêché pour une Europe politique, libérée de « la pensée unique » comme d’une application mécanique de ses règles, pour une Europe qui « débatte », « agisse », « décide à partir des réalité » et sache « faire face à l’urgence » – bref, pour « une autre Europe », comme disent les altermondialistes et comme il l’a dit. C’était la meilleure partie de ce discours car, oui, évidemment, « l’Europe ne peut pas prétendre à être une démocratie vivante si elle refuse le débat » mais tout le problème est qu’elle ne deviendra pas une démocratie par la seule force de l’incantation, si fondée soit-elle. Il y aurait des conditions à cela, des chemins à prendre, des alliances à forger ou reforger et là, l’orateur était moins convaincant, muet souvent. Pas une fois, pas une seule, le nom de l’Allemagne n’a été prononcé. Aux lendemains du G-20, Nicolas Sarkozy n’avait pas cessé de louer le rôle, fondamental, qu’elle y avait joué en faveur de la régulation et de la lutte contre les paradis fiscaux mais, dans ce discours, l’Allemagne n’existait pas alors que rien ne s’est fait ni ne se fera dans l’Union sans impulsion franco-allemande. Le pilotage européen dont rêve Nicolas Sarkozy et qu’il a clairement exposé hier repose sur « la capacité d’initiative des grands pays », de tous les grands pays indistinctement mais menés, tirés, poussés, conciliés, croyait-on bien entendre, par un seul : la France. C’est une projection de personnalité, pas une politique, du sur mesures et pas un fonctionnement durable, et l’autre faiblesse de ce discours est que lorsqu’on appelle l’Union à faire de la politique, il faut aussi lui proposer des politiques. Pour faire avancer le débat, il ne suffit pas de dire qu’il faut de « grandes ambitions » à l’Union, qu’on est pour une « politique industrielle européenne » ou pour une « gouvernance économique de l’Europe ». Il faut également dire quelles devraient être ces grandes ambitions, par quelles politiques industrielles concrètes on propose de commencer, là, maintenant, et quels objectifs prioritaires on voudrait assigner à une gouvernance économique commune. Ces propositions viendront peut-être mais elles manquaient à ce discours, séduisant mais un peu court.

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