On ne sait pas. Les sondages sont bien trop serrés et fluctuants pour qu’on puisse hasarder un pronostic sur qui sortira vainqueur, cette nuit, des législatives britanniques. On ne sait pas mais cette incertitude même est riche d’enseignements, pour toute l’Europe. Après treize années de pouvoir ininterrompu et conduits par un Premier ministre sortant singulièrement dépourvu de charisme, les travaillistes devraient, normalement, être assurés de leur défaite. Ils l’ont longtemps été. Longtemps, cette élection avait semblé promise aux conservateurs et à leur jeune chef de file, David Cameron, 43 ans, qui avaient longtemps bénéficié d’une avance sans appel dans l’opinion mais, plus on s’est approché du jour du vote, plus l’écart s’est resserré, en défaveur de la droite et en faveur de la gauche. Les conservateurs font toujours la course en tête mais les Britanniques se sont soudain pris à penser que, si peu séduisant qu’il soit devant les caméras, Gordon Brown avait une expérience, et une compétence, d’ancien ministre des Finances grâce auxquelles il avait largement inspiré les parades trouvées par les Européens au krach de Wall Street. En ces temps d’incertitudes grandissantes, on ne renvoie pas un tel Premier ministre sans réfléchir à deux fois. La prudence et la réflexion tempèrent le désir de changement et cela d’autant plus que David Cameron, aussi brillant qu’il soit, n’a rigoureusement aucune expérience gouvernementale et que ses propositions, surtout, de réduction brutale de la dépense publique pour éponger un déficit budgétaire frisant les 11% du PIB ont de quoi refroidir les électeurs et inquiéter, aussi, les économistes… Non seulement elles ne promettent que l’austérité mais elles risquent également de casser une reprise encore bien trop fragile pour qu’on aille si vite la freiner, déficit ou pas. La victoire n’est plus acquise aux conservateurs. Ils pourraient, ils devraient, arriver en tête ce soir en nombre de voix mais leur avance pourrait ne pas être assez massive pour leur assurer une majorité de sièges à Chambre car un troisième homme, on le sait, a brouillé le jeu. A 43 ans, également, un autre jeune homme, Nick Clegg, vient ébranler le bipartisme britannique en plaçant les « lib-dem », son parti libéral-démocrate, pratiquement au même niveau que les partis conservateur et travailliste entre lesquels il pourrait pouvoir arbitrer demain. Il plaît. Il plaît tellement qu’il rafle des voix à droite comme à gauche en jouant le renouveau face aux vieux partis, le nouveau siècle contre le précédent, mais en incarnant, aussi, un cocktail de distanciation vis-à-vis des Etats-Unis, de véritable intégration à l’Union européenne, de ré-industrialisation de la Grande-Bretagne dont Margaret Thatcher puis les travaillistes ont financiarisé l’économie, de libre entreprise et de régulation d’un capitalisme devenu fou depuis que les marchés ont pris le pas sur les Etats. Alors, résumons. Entre une gauche qui avait inventé la gauche libérale et une droite prête à sacrifier le social sur l’autel de l’équilibre, la Grande-Bretagne se cherche une panacée politique, cette recette de demain dont toute l’Europe, en fait, est en quête.

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