L’argument paraît irrécusable. « L’idée, a déclaré hier le Premier ministre israélien en marge de ses entretiens d’hier avec Nicolas Sarkozy, n’est pas d’établir un Etat palestinien, comme le veut le Hamas, pour poursuivre le conflit mais pour y mettre fin ». « Ce qu’ils veulent maintenant, a-t-il poursuivi, c’est former un Etat afin de continuer d’essayer de nous détruire ». Benjamin Netanyahu voulait dire par là que, dès lors que le Fatah du président palestinien et les islamistes du Hamas qui refusent, eux, l’existence même de son pays se sont réconciliés et s’apprêtent à former un gouvernement commun, il n’y avait plus de négociations possibles car leur succès ne mènerait pas à une coexistence pacifique mais à une situation de guerre entre Israël et la future Palestine. L’argument se tient puisque, toujours en vigueur, la charte du Hamas fixe comme objectif à ce mouvement la destruction d’Israël mais Benjamin Netanyahu n’en a pas moins tort de négliger d’autres faits. Le Fatah avec lequel son pays collabore aujourd’hui fut également un mouvement terroriste récusant l’existence d’Israël avant de finir par la reconnaître il y a plus de vingt ans. Tout mouvement politique peut évoluer et il se trouve que deux raisons de fond poussent le Hamas à le faire. La première est que les islamistes palestiniens se trouvent dans une impasse depuis qu’ils ont chassé le Fatah de la bande Gaza en 2007 et gouvernent ce territoire. Pris entre la mer et le blocus terrestre israélien, ils sont presque totalement isolés du monde et de plus en plus impopulaires parce que leur coup de force n’a mené qu’à la ruine de la population gazaouie tandis que la Cisjordanie, contrôlée le Fatah, est en plein boom économique. La Hamas doit trouver une issue et il y est d’autant plus poussé que son principal soutien, le régime syrien, est ébranlé par de puissantes manifestations et que le printemps arabe marque un recul de l’islamisme dans tout le Proche-Orient. Le Hamas n’est pas seulement géographiquement isolé à Gaza. Il l’est aussi politiquement dans une région qui ne s’est pas soulevée pour la charia et la mort d’Israël mais pour la liberté, la démocratie et le progrès économique. C’est pour ces deux raisons que les islamistes palestiniens se sont réconciliés avec le Fatah et qu’ils ont accepté de ne pas siéger au futur gouvernement d’union qui ne sera composé que de technocrates. Ils n’ont autrement dit pas voulu compromettre une possible relance des négociations avec Israël et multiplient depuis gestes et phrases d’apaisement. « Notre charte n’est pas le Coran », vient de dire l’un de leurs dirigeants. « Nous voulons donner une autre chance à la paix », a déclaré leur chef de file, Khaled Mechaal, en parlant d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 et non plus dans celles de la Palestine d’antan. Plus significativement encore, le Hamas accepte de laisser le président palestinien, Mahmoud Abbas, conduire toutes les discussions avec les Israéliens et veut intégrer l’Organisation de libération de la Palestine qui a reconnu Israël en 1993. Ce n’est pas le Fatah qui s’est rallié au Hamas. C’est le contraire et Benjamin Netanyahu aurait toutes les raisons de ne pas le déplorer mais de s’en féliciter.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.