C’était une évidence et cette évidence, un haut responsable israélien l’a confirmée, hier soir, à l’Agence France Presse. C’est bien Israël qui vient de bombarder par deux fois la Syrie, vendredi avant l’aube puis dans la nuit de samedi à dimanche. Compte tenu de précédentes frappes en janvier, on en est à la troisième intervention israélienne dans ce pays en guerre civile depuis deux ans mais aucune d’entre elles ne visait à aider l’insurrection ou le régime de Bachar al-Assad.

Toutes avaient pour but d’empêcher le transfert vers le Liban d’armes iraniennes destinées au Hezbollah, la puissante force libanaise avec laquelle Israël avait été en guerre en 2006 et qui constitue, au Proche-Orient, l’un des trois piliers de l’axe chiite avec les régimes de Damas et de Téhéran. Ce qu’Israël veut empêcher, ce n’est pas seulement le renforcement de la permanente pression militaire exercée par la milice chiite libanaise à sa frontière nord. Sa crainte est surtout que Damas et Téhéran n’alimentent les arsenaux du Hezbollah dans une perspective d’ouverture d’un deuxième front – d’un nouveau conflit avec les Israéliens qui permettrait à l’axe chiite de faire appel à la solidarité régionale et d’isoler l’insurrection syrienne qui serait alors dénoncée, si elle ne déposait pas les armes, comme l’allié objectif d’Israël.

Ce calcul prêté à l’Iran est si plausible et si peu absurde que les frappes israéliennes ont immédiatement été condamnées par la Ligue arabe qui s’est vigoureusement solidarisée du régime syrien dont elle souhaite pourtant tellement la chute qu’elle avait rompu avec lui depuis plusieurs mois.

Ces frappes sont ainsi tout, sauf un incident secondaire. Elles marquent et accélèrent, au contraire, la contagion de la crise syrienne à l’ensemble de la région, déjà profondément déstabilisée par l’antagonisme croissant entre chiites et sunnites, la fragilité des gouvernements issus du printemps arabe et la poursuite du programme nucléaire iranien que ni Israël ni les Etats-Unis ne tolèreront plus éternellement.

Tout va de plus en plus mal au Proche-Orient et la faute en revient largement aux grandes puissances qui ont laissé se développer la crise syrienne et sont plus incapables que jamais d’y mettre terme. Appuyée par la Chine, la Russie s’oppose à toute condamnation, même verbale, du régime de Bachar al-Assad. Quant aux Occidentaux, malgré la sauvagerie de ce régime, malgré les massacres en chaîne, malgré les millions de réfugiés et déplacés déjà provoqués par ce conflit, ils ne se résolvent toujours pas à armer l’insurrection alors même que l’Iran et la Russie arment le régime.

Les Etats-Unis font dire qu’ils y pensent. La Grande-Bretagne le souhaite. La France a des deuxièmes pensées après l’avoir souhaité elle aussi mais, l’un dans l’autre, les Occidentaux ne bougent pas car ils ont peur que leurs armes puissent tomber entre les mains de djihadistes. Cette peur n’est évidemment pas infondée mais le résultat en est que les djihadistes prennent toujours plus de poids dans l’insurrection, que les massacres se poursuivent et que la gangrène se propage à toute la région. Entre deux maux, l’Occident choisit le pire.

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