Un accord de cessez-le-feu est survenu dans la nuit pour stopper l’escalade militaire meurtrière des deux derniers jours entre Israël et la bande de Gaza. Mais l’impasse politique demeure totale entre l’État hébreu et ses voisins palestiniens.

Bombardement israélien dans un faubourg de Gaza, dimanche 5 mai, en représailles à des tirs de roquettes en provenance du territoire palestinien sur les localités du sud d’Israël.
Bombardement israélien dans un faubourg de Gaza, dimanche 5 mai, en représailles à des tirs de roquettes en provenance du territoire palestinien sur les localités du sud d’Israël. © AFP / MAHMUD HAMS / AFP

Il y a deux manières de réagir à cette nouvelle flambée de violence, qui semble maîtrisée ce matin. On peut répéter les mêmes slogans accusateurs, selon qu’on soutient Israël ou qu’on sympathise avec le sort des habitants de la bande de Gaza ; ça ne permet pas vraiment de comprendre ce qui se joue entre ces deux voisins.

L’autre approche est plus politique, et forcément un peu plus complexe. D’abord le moment choisi  pour ces tirs de roquettes vers Israël : à une semaine de la tenue de l’eurovision à Tel Aviv, gros enjeu d’image pour l’État hébreu. Ca peut sembler futile, mais c’est pourtant la réalité.

Les organisations palestiniennes ont-elles pensé qu’elles pourraient faire pression sur le gouvernement israélien en évitant le risque de représailles trop brutales à cause de l’Eurovision ? Dès hier, Israël a fait savoir que, Eurovision ou pas, la riposte aux tirs de roquettes serait massive, et elle le fut. Avec des victimes civiles en Israël, l’opinion n’aurait pas compris qu’il n’en soit pas ainsi.

Le rapport de force entre l’armée israélienne et les Palestiniens est tel que l’objectif n’est évidemment pas militaire. Quelques centaines de roquettes tirées à partir de la bande de Gaza peuvent semer la terreur parmi les civils du sud d’Israël, mais pas défaire la plus puissante armée du Moyen Orient.

L’objectif est donc politique, et il illustre une dimension peu connue de la politique régionale. Depuis l’automne dernier, Israël et le Hamas, l’organisation islamiste qui contrôle Gaza, négocient par Égyptiens interposés, une désescalade en échange d’un allègement du blocus sévère infligé par l’État hébreu depuis une décennie. 

A l’approche des élections israéliennes, Benyamin Netanyahou a lâché du lest pour éviter des tensions pendant la campagne : il a autorisé l’arrivée de fonds du Qatar dans les caisses du Hamas, a promis des concessions économiques. Certains y verront du cynisme, en fonction des intérêts politiques du premier ministre ; d’autres du pragmatisme.

Le Hamas a estimé que les promesses n’étaient pas réellement tenues, et a sans doute pensé qu’il pouvait obtenir plus.

C’est en tous cas par le même canal, l’Égypte, que le fragile cessez-le-feu entré en vigueur ce matin a été négocié : il permet, au moins pour un moment, de stopper l’escalade meurtrière qui a fait des victimes civiles des deux côtés, et menaçait de dégénérer en guerre ouverte.

Mais tout le monde sait que la solution ne sera pas militaire, quels que soient les moyens engagés. Or, au cours de la campagne électorale israélienne, la question palestinienne n’a quasiment pas été évoquée. Les Israéliens considèrent que le statu quo -ni guerre ni paix- leur convient. 

Il faut des crises comme celle-là pour rappeler qu’en dehors d’une solution politique les tensions ne disparaîtront pas. Mais personne n’en veut, ni Israël qui n’accepte plus les deux États ; ni le Hamas qui se nourrit de la tension permanente. Ni, non plus Donald Trump qui soutient ouvertement Netanyahou. 

Cette énième crise est peut-être sous contrôle, mais les problèmes de fond ne disparaîtront pas pour autant.

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