Chacun à son rythme, à sa manière, tous les pays européens sont confrontés à la question du déconfinement, stressante et sans réponse à tout. Mais le ressenti européen a reculé pendant cette crise qui nous a confinés chez nous, dans nos pays.

Réouverture du marché Porta Palazzo, à Turin, le 4 mai, avec force mesures de précaution sanitaires, après plusieurs semaines de fermeture. Un lent retour à la vie.
Réouverture du marché Porta Palazzo, à Turin, le 4 mai, avec force mesures de précaution sanitaires, après plusieurs semaines de fermeture. Un lent retour à la vie. © AFP / Mauro Ujetto / NurPhoto / NurPhoto via AFP

L’heure est au déconfinement en Europe, et pas seulement en France. Les pays qui nous ont précédés dans la pandémie, l’Italie et l’Espagne, mais aussi l’Allemagne ou la Belgique, le Danemark ou la Lituanie… chacun, à sa manière, à son rythme, a entamé le même processus de sortie.

Mais l’ampleur de la crise est telle, le stress de l’épidémie hier, celui du déconfinement aujourd’hui, font que l’on prête à peine attention à ce qui se passe chez nos voisins ; si ce n’est pour alimenter la critique de la manière dont on s’y prend chez nous, et réciproquement.

La question se pose de la même manière partout malgré l’impact différent du virus selon les pays

Comment ouvrir sans relancer l’épidémie, sans susciter cette redoutée « deuxième vague » qui ruinerait les efforts accomplis par les équipes soignantes et les citoyens confinés. 

Mêmes gestes barrière, même nécessité de réaménager les espaces de travail, de transport, ou d’étude. Mêmes tâtonnements, aussi, face à un virus à bien des égards mystérieux.

Partout se pose la même problématique de l’équilibre à trouver entre la relance de la vie économie et sociale en panne, et l’impératif de santé. En Allemagne, où le taux de mortalité a été contenu, 45% des Allemands pensent néanmoins que la reprise est trop rapide, et seulement 15% qu’elle est trop lente. En Espagne, où le confinement était bien plus strict qu’en France, la permission de sortir est utilisée avec prudence par une population traumatisée.

La réouverture des écoles n’est pas d’actualité partout. En Italie, où les écoles resteront fermées jusqu’en septembre, certains se demandent pourquoi on ne les rouvre pas ; alors qu’en France, à l’approche de la rentrée la semaine prochaine, beaucoup doutent... L’Espagne gardera les siennes fermées.

En Norvège, au Danemark ou en Allemagne, elles ont rouvert progressivement, avec des classes plus réduites, en gardant souvent une part d’enseignement à la maison. Partout, les scientifiques sont partagés, mais les autorités politiques tranchent.

Mêmes débats, aussi, sur la question du "traçing", cette technologie permettant de retrouver les contacts des jours précédents en cas de contamination. Les Allemands ont finalement choisi l’offre du couple inattendu Apple et Google, plutôt que l’offre locale en devenir, privilégiée par la France. Difficile équilibre entre prudence et efficacité.

Deux leçons, au cœur de ces débats

D’abord la confiance, envers l’État, et entre les citoyens. C’est un baromètre qui prend toute sa valeur en temps de crise. La France se détache par le niveau de défiance, déjà présent avant la crise, et qui génère sans doute plus de stress qu’en Allemagne, par exemple, au plus fort consensus.

Deuxième leçon, nous avons le sentiment de mener une bataille nationale ; mais si le déconfinement rate dans un pays, ses voisins sont tout aussi menacés, avec ou sans frontière. 

Cette réalité ne suffit pas à créer un sentiment européen dans une crise où il a peu été présent : le coronavirus aura donc fait reculer le ressenti européen, tout en nous infligeant le même danger, et, aujourd’hui, le même espoir fragile.

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