C’est maintenant clair. Quand, aux côtés de l’Allemagne, la France et la Russie déclarent, par écrit : « Nous ne laisserons pas passer un projet de résolution qui autoriserait le recours à la force. En tant que membres permanents du Conseil de sécurité, la France et la Russie prendront toutes leurs responsabilités sur ce point », cela signifie « veto ». Le mot n’est pas employé mais il n’y a plus là d’ambiguïté car la prérogative des cinq membres permanents du Conseil est qu’il leur suffit de voter « non » pour qu’il y ait veto et que la résolution soumise au vote soit rejetée. Depuis hier, les Etats-Unis ont ainsi le choix. Première possibilité : malgré ce tir de dissuasion, ils vont devant le Conseil de sécurité, se font éconduire et entrent, pourtant, en guerre. C’est ce que prônent les plus faucons des faucons américains car ils souhaitent marquer, et ne s’en cachent pas, que les Etats-Unis ne se sentent plus liés par les décisions des Nations-Unies dès lors qu’ils ne peuvent plus y faire prévaloir leurs vues. Finissons-en, disent les idéologues de la droite américaine, car ils considèrent que la politique américaine ne peut plus dépendre des votes d’une assemblée dans laquelle le plus petit des Etats à une voix égale à celle du plus puissant d’entre eux. Ces gens pensent en effet, et l’écrivent, que l’Amérique est menacée du seul fait de sa prépondérance économique et militaire, qu’elle est une cible et pas seulement du terrorisme islamiste, qu’elle doit donc pouvoir utiliser tous ses moyens quand elle estime que sa sécurité est en jeu. Il n’est, en conséquence, pas impossible que l’Amérique choisisse l’épreuve de force mais trois choses l’en retiennent. La première est que leur seul véritable allié, Tony Blair, aurait alors du mal à faire accepter cette guerre par son Parlement, qu’il en serait placé en situation périlleuse et que cela compromettrait, à terme, les relations privilégiées des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne. Le deuxième problème est que si l’Amérique peut gagner seule la guerre, elle aura besoin de soutiens pour tenter de gagner la paix et qu’il lui est, dans ces conditions, difficile de casser l’Onu pour revenir, ensuite, devant elle. Et puis enfin dès lors que les Etats-Unis lanceraient leur offensive en dépit d’un vote explicite du Conseil de sécurité, ils se placeraient d’eux-mêmes hors-la-loi, aux rangs de ces Etats-voyous qu’ils dénoncent nuit et jour. Deuxième hypothèse : les Etats-Unis entendent l’avertissement que la France, l’Allemagne et la Russie viennent de leur lancer. Ils ne se risquent pas à soumettre leur projet de résolution au Conseil et entrent en guerre en invoquant les précédentes résolutions de l’Onu, notamment la résolution sur le cessez-le-feu de 1991 qui avait conditionné l’arrêt des hostilités au désarmement de l’Irak. Il ne s’agit pas d’une entrée en guerre, disent-ils, mais d’une reprise de la guerre du Golfe, autrement dit du respect des décisions des Nations Unies. Cela ne tromperait personne mais au moins les formes seraient-elles respectées, l’avenir en serait moins injurié, la page de l’Onu ne serait pas tournée. C’est le marché que Berlin, Paris et Moscou viennent de proposer à la Maison-Blanche. Georges Bush réfléchit, Tony Blair cherche une troisième voie. La guerre, elle, est quasiment certaine.

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