C’est un petit miracle, encore incertain mais extrêmement encourageant. Depuis la tentative de renversement du président Gbagbo en septembre 2002, la Côte d’Ivoire flirtait quotidiennement avec la tragédie. Nord d’un côté, Sud de l’autre, le pays était coupé en deux le long de lignes religieuse, ethnique, nationale surtout car l’un des principaux sujets de tension était le statut des quelques quatre millions d’immigrés du Burkina Faso, un quart de la population, bienvenus du temps de la prospérité ivoirienne mais qui ne l’étaient plus depuis l’effondrement des cours du cacao. Sept mille casques bleus et 3500 soldats français séparaient les combattants mais la guerre civile menaçait, portée par l’habituel cocktail africain de difficultés économiques, de vide politique créé par l’effacement des élites issues de la colonisation et de fragilités des frontières coloniales qui avaient artificiellement séparé, en l’occurrence, la Côte d’ivoire du Burkina Faso. Longtemps considéré comme la Suisse de l’Afrique, ce petit pays était ainsi devenu l’un des grands problèmes de la scène internationale mais, dimanche, Laurent Gbagbo et Guillaume Soro, le chef de la rébellion, ont su signer un compromis, sous l’égide du Président burkinabé, Blaise Compaoré. Gouvernement d’union d’ici à cinq semaines, intégration des milices à l’armée nationale, retrait progressif des troupes d’interposition et mise à jour de l’état civil pour définitivement intégrer les immigrés – sur le papier au moins, tout est réglé et il n’est pas impossible que cet accord tienne car il est fondé sur le réalisme. Laurent Gbagbo a compris qu’il ne pouvait pas écraser la rébellion mais pouvait se permettre, en revanche, des concessions après avoir tenu bon depuis six ans. Les rebelles, eux, ont compris qu’ils ne pourraient pas renverser le pouvoir en place mais pouvaient devenir partie prenante de l’échiquier politique. Quant au Burkina Faso et à son Président, ils ont su voir qu’ils risquaient d’être entraînés dans un conflit régional par leur soutien à la rébellion alors qu’ils avaient tout à gagner à faciliter un compromis. L’intérêt de tous est que cet accord tienne mais là n’est le seul motif d’optimisme. Non seulement ce conflit n’a pas dérapé dans le bain de sang mais ce sont les Africains eux-mêmes qui ont su éviter le drame. La solution n’est pas venue de l’extérieur - ni de la France, l’ancienne puissance coloniale, ni de l’Onu - mais de l’Afrique, des Ivoiriens au premier chef et de l’organisation régionale à laquelle ils appartiennent, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, la Cedeao, qui est actuellement présidée par le Burkina Faso. Il y a une maturité nouvelle dans cet accord et il est excellent que la France ait su s’interposer mais pas imposer un règlement. Présente, amie, nécessaire, elle n’a pas été tutrice. Il n’y a pas à le regretter.

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