Le président de la République Nicolas Sarkozy est à la manœuvre pour faire libérer Ingrid Betancourt, otage des FARC en Colombie.

Ingrid Betancourt n’est maintenant plus seulement l’otage des Farc. Nicolas Sarkozy vient de les appeler, hier, à la libérer. Il s’est adressé directement aux guérilleros mais Ingrid Betancourt est, malheureusement, devenue, ce week-end, le révélateur, l’enjeu surtout, d’un imbroglio continental qui fait retentir des bruits de bottes en Amérique latine. Sur son corps dirait-on presque, s’affrontent désormais deux chefs d’Etat de pays frontaliers, le Président colombien, d’une part, Alvaro Uribe, allié des Etats-Unis, cassant, brutal, qui veut en finir avec ces guérilleros des Farc qui ont tué son propre père et le Président vénézuelien, d’autre part, Hugo Chavez, militaire de gauche qui rêve d’unir le sous-continent, contre les Etats-Unis, et qui cultive pour cela une connivence politique avec la guérilla colombienne. Le premier est convaincu qu’un demi siècle après leur naissance et vingt ans bientôt après la chute du mur de Berlin, les Farc ne sont plus qu’une survivance. Ses services de renseignement lui disent que les désertions ont réduit leurs effectifs de moitié depuis 2001, qu’elles ne compteraient plus que 8000 hommes, désorientés, ne croyant plus en leur révolution, et qu’une victoire militaire est proche, pour peu qu’on ne leur cède rien. Ingrid Betancourt ou pas, le Président colombien ne veut donc surtout pas que les Farc deviennent l’interlocuteur d’un pays comme la France, qu’elles se réimposent en force politique et qu’il doive, ensuite, négocier avec elles. A l’inverse, Hugo Chavez rêve, ou rêvait, d’élargir encore sa stature internationale en jouant les intermédiaires entre la France et les Farc, en devenant l’artisan de la libération d’Ingrid Betancourt, d’une femme célèbre, française et colombienne dont le sort émeut le monde. Sur cette lancée, il se voyait déjà pousser à un cessez-le-feu entre les Farc et les autorités colombiennes et se faire l’intermédiaire incontournable d’une réconciliation nationale en Colombie qui aurait accru son influence et son prestige dans toute l’Amérique latine. Il y a des mois qu’Hugo Chavez se démenait donc en faveur, à la fois, d’Ingrid Betancourt et de ses propres ambitions mais, samedi matin, les troupes d’Alvaro Uribe ont pénétré en territoire équatorien, dans un autre Etat limitrophe de la Colombie dont le Président, de gauche, est un allié d’Hugo Chavez. Elles visaient une base arrière des Farc où se trouvait l’un de leurs dirigeants, celui-là même qui était en charge des négociations autour d’Ingrid Betancourt. Elles ont tué cet homme. Elles ont saisi son ordinateur et, depuis, la Colombie brandit devant le monde des preuves, vraies ou fausses, d’un soutien financier d’Hugo Chavez à la guérilla colombienne tandis que le Président vénézuélien a fait masser, lui, dix bataillons à sa frontière avec la Colombie. Ce n’est sans doute que de la gesticulation, comme disent les militaires, mais la tension est extrême et la violation de la frontière équatorienne aussi patente que l’existence de bases des Farc en Equateur. C’est une épreuve de force que les Etats-Unis suivent de près et, dans cet imbroglio, ni la France ni Ingrid Betancourt ne comptent plus guère.

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