La Lituanie a freiné des quatre fers. Plusieurs autres anciens pays communistes d’Europe centrale n’étaient pas non plus vraiment chauds mais la détermination des Etats-Unis et des grandes capitales européennes était telle que les ministres des Affaires étrangères de l’Otan ont finalement décidé, hier, à Bruxelles, à l’unanimité requise, de reprendre le dialogue avec la Russie qu’ils avaient suspendu après la crise géorgienne. Cette décision acquise, la secrétaire d’Etat américaine, aura aujourd’hui, à Genève, son premier vrai tête-à-tête avec son homologue russe, Serguei Lavrov. C’est là que les choses s’amorceront, non pas d’un coup mais avec beaucoup de bonne volonté car Moscou comme Washington souhaitent désormais trouver ce qu’Hillary Clinton a appelé une « plate-forme de coopération ». C’est « dans notre intérêt », a-t-elle dit à Bruxelles en estimant que « l’heure du réalisme avait sonné ». La facilité serait de penser que ce tournant américain ne tiendrait qu’à un changement de président, qu’à l’élection d’un homme qui, contrairement à son prédécesseur, comprend que les Etats-Unis ne peuvent plus décider de tout et veut donc s’appuyer sur ces compromis et ces donnant-donnant qui font la diplomatie. Cela joue mais, au-delà des inclinations naturelles de Barack Obama, l’Amérique a bien trop de problèmes, sur tous les fronts, pour s’offrir le luxe d’une tension avec la Russie alors même qu’elle a besoin d’elle sur les fronts afghan et iranien. L’Amérique ne peut ni se passer de l’espace aérien et des chemins de fer russes pour acheminer ses armes en Afghanistan ni de l’appui diplomatique du Kremlin pour obtenir de l’Iran qu’il renonce à se doter de l’arme nucléaire. Le premier point est capital. Le second est tellement essentiel que Barack Obama a fait valoir aux Russes – on l’a appris mardi – que les Etats-Unis n’auraient plus aucune nécessité d’installer en Europe centrale ces systèmes anti-missiles dont ils ne veulent à aucun prix dès lors que l’Iran ne représenterait plus une menace. C’est un fait, pas un marchandage, dit-on à Washington mais c’est bel bien ce deal que les Américains proposent à la Russie et il y a de bonnes chances qu’elle l’accepte, en y mettant les formes et ses conditions, car les Russes, pour leur part, ne veulent pas plus de la bombe iranienne qu’ils ne souhaitent un bras de fer avec les Etats-Unis alors que leurs propres difficultés économiques réduisent leurs marges de manœuvre et qu’ils se sentent certainement plus proches de l’Occident que de la Chine, de l’Iran et du monde arabo-musulman. C’est presque simultanément, en quelques semaines, que le président américain aura tendu la main à l’Iran, proposé cette « coopération » à la Russie, pris contact avec la Syrie, clairement pressé le futur gouvernement israélien de relancer les négociations de paix avec les Palestiniens et souhaité, maintenant, voir l’Iran participer, fin mars, à une conférence internationale sur l’Afghanistan, premier terrain possible d’une coopération avec Téhéran. En diplomatie comme à l’interne, Barack Obama a choisi la vitesse et l’interaction.

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