Le détail des résultats officiels dit beaucoup de choses. A les en croire, Vladimir Poutine aurait ainsi obtenu près de 100% des voix en Tchétchénie, 99,76% exactement. Dans cette République de la Fédération de Russie dont Vladimir Poutine avait écrasé dans le sang l’aspiration indépendantiste la totalité de la population aurait ainsi voté pour lui à l’exception de 0,24% des votants.

Avec beaucoup de retenue, on dira que ce n’est pas tout à fait crédible, pas plus que ne le sont tant d’autres scores attribués au président élu dimanche, 92% des voix en Ingouchie, 92,8% au Daghestan, 90% dans la république de Touva ou 87% et 83% dans les régions de Mordovie et du Tatarstan.

Il s’agit là de ce que l’humour noir de l’époque soviétique appelait « le triomphe des pronostiqueurs », mais si ces étranges pourcentages expliquent que des manifestations, suivie d’arrestations, aient eu lieu, hier, à Moscou, St Petersburg et Nijni-Novgorod et que les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe parlent de « sérieux problèmes » posés par ce scrutin, on se tromperait à penser que l’URSS est de retour.

Non seulement la page soviétique ne se rouvrira pas car très peu de Russes le souhaiteraient, mais la Russie a profondément changé depuis que, faute de pouvoir briguer un troisième mandat consécutif, Vladimir Poutine en avait cédé la présidence à Dmitri Medvedev en 2008.

Le premier changement est que, durant ses quatre années passées au Kremlin, le jeune juriste qu’est Dmitri Medvedev n’a cessé de dénoncer la corruption, l’arbitraire et l’arriération politique et économique de la Fédération, que ses discours avaient fini par donner un espoir de réformes aux classes moyennes et que c’est la façon dont il avait accepté, en septembre, de se laisser écarter par Vladimir Poutine qui a révolté les grandes villes et fait naître une opposition qui n’attend plus rien de ce pouvoir.

C’est ce pouvoir qui a dressé les classes moyennes contre lui en étalant des divisions qui ont dit la vérité sur l’état de la Russie. En son sein même, Dmitri Medvedev n’est pas seul à comprendre que des réformes s’imposent. C’est le deuxième changement et le troisième est que les plus lucides des hommes qui avaient bâti d’immenses fortunes sur les privatisations frauduleuses des années 90 souhaitent désormais que s’instaure un état de droit qui leur permettrait de préserver leurs capitaux de l’arbitraire du pouvoir et de ne pas les voir se perdre dans une déconfiture économique du pays.

C’est ce qui avait conduit Mikhaïl Khodorkovski, alors première fortune russe, à s’opposer à Vladimir Poutine et à se faire jeter en prison il y a neuf ans. C’est ce qui a maintenant conduit Mikhaïl Prokhorov, troisième fortune du pays, à briguer la présidence et à se rallier les classes moyennes pour lesquelles il était le moins mauvais des choix. Une partie croissante de l’argent, l’écrasante majorité des classes moyennes et une petite fraction du pouvoir convergent sur la nécessité de réformes et c’est cette convergence comme cette nécessité qui font la nouveauté de la Russie que Vladimir Poutine va maintenant présider.

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