Par Anthony Bellanger.

Ce matin, vous nous emmenez en Colombie. La Colombie qui s’est réveillée avec un sacré mal de crâne…

Quelquefois, il suffit d’un rapport un peu ennuyeux pour plonger un pays tout entier dans des abîmes de perplexité. Le rapport, c’est celui des fabricants de motos, scooters et autres cyclomoteurs et le chiffre, c’est 6 millions.

En Colombie circulent 6 millions de deux-roues à moteur de tout acabit et si possible pétaradants. C’est énorme pour un pays de 48 millions d’habitants ! Ça signifie qu’en Colombie, plus de la moitié des véhicules motorisés sont des deux-roues. Mais il y plus impressionnant : la croissance du marché des deux-roues place la Colombie au 3ème rang mondial, juste derrière l’Inde et la Pakistan. C’est simple, les ventes augmentent de 40% par an et ce depuis 10 ans.

Comment expliquer ce boom ?

D’abord, l’explosion urbaine : en 1950, il y avait 6 villes de plus d’un million d’habitants en Amérique Latine. En 2013, on en comptait 65 ! Un boom tellement rapide que les infrastructures routières n’ont évidemment pas suivi.

Or il se trouve que dans le même temps, la pauvreté a reculé sur tout le continent. En 10 ans, 50M de Latino-américains sont sortis de la pauvreté. Explosion urbaine + classe moyenne naissance = véhicules à moteur. Ça, tout le monde le prédisait.

Sauf que la révolution motorisée ne s’est pas faite par la voiture – ou pas encore - mais par le deux-roues. Autrement dit, les Latino-américains sont passés directement du mulet à la mobylette !

Ce n’est pas un peu caricatural ?

Eh bien non ! C’est même l’exacte vérité. Une des conséquences les plus étonnantes de ce boom des deux-roues, c’est la disparition des chevaux, mulets, ânes et autres baudets qui peuplaient les campagnes de tout le continent.

Une sorte d’extinction de masse silencieuse au profit de motocyclettes si possible chinoises. Le phénomène est d’autant plus massif que, non seulement, les deux-roues ne coûtent rien mais qu’en plus l’essence est souvent subventionnée.

Pas besoin d’assurance, de permis, d’immatriculation ni de réparation compliquée et encore moins de casques : les deux-roues en Amérique latine sont même devenus en quelques années la première concurrence des taxis !

Et on imagine que la pollution est, elle aussi, en plein boom !

Bien sûr, parce que ces véhicules n’ont rien, mais vraiment rien d’écolo. C’est même l’inverse. A Bogotá, la capitale de la Colombie, ils sont déjà la 2ème source de pollution de l’air, derrière les bus mais devant les camions et les voitures.

Et ce phénomène est loin d’être cantonné à l’Amérique latine : parmi les villes les plus polluées au monde, on retrouve les mégapoles qui ont aussi le plus de deux-roues, comme New Delhi, en Inde, Karachi ou encore Peshawar, au Pakistan.

En clair, en Inde, en Chine et en Amérique latine et maintenant en Afrique, l’enfer ce n’est pas la voiture – comme beaucoup le craignait -, mais bien la bonne vieille mobylette et son moteur à deux temps !

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