« Tout ce qui est excessif est insignifiant », disait Talleyrand. Il n’avait pas tort. Il avait même raison, mais lorsque l’outrance se répand et tend à devenir générale.

Lorsqu’elle est le fait de chefs d’Etat et se banalise, parallèlement, dans un pays comme la France, il y a tout lieu de s’alarmer.

« Pratiques nazies », vient de déclarer le président turc après que les autorités de länder allemands ont interdit des meetings auxquels devaient prendre part plusieurs de ses ministres, en Allemagne, pour soutenir le « oui » à son référendum du 16 avril sur le passage de la Turquie à un régime présidentiel.

Ces interdictions avaient contrarié M. Erdogan. On le comprend puisque la diaspora turque d’Allemagne est la première du monde et que ses voix pèseront lourd dans le résultat d’un référendum qui lui permettra de considérablement étendre ses pouvoirs, ou le lui interdira au contraire.

Ces meetings comptaient pour le président turc mais comment ne pas comprendre, en même temps, que des länder allemands aient estimé que la campagne référendaire turque devait se dérouler en Turquie et non pas en Allemagne, qu’ils n’avaient pas à risquer, chez eux, d’affrontements entre adversaires et partisans de M. Erdogan et qu’ils aient peut-être aussi considéré qu’une démocratie n’avait pas à prêter la main à la dérive dictatoriale de la Turquie où plus de 45 000 personnes sont sous les verrous tandis que plus de 100 000 autres ont été chassées de leur travail depuis le coup d’Etat manqué de l’été dernier ?

Chacun avait là ses raisons mais le chef d’Etat qu’est Recep Erdogan aurait normalement dû s’abstenir d’aller jusqu’à parler de « pratiques nazies » car interdire des meetings le plus légalement du monde et avec des raisons parfaitement défendables, ce n’est en rien le nazisme, ni de près ni de loin.

On en est pourtant là et on n’en est pas moins bas aux Etats-Unis où le président en exercice, Donald Trump, vient de traiter son prédécesseur, Barack Obama, de « pauvre type ». Il l’a fait en l’accusant, samedi, par tweet, de l’avoir fait placer sur écoutes à la fin de la campagne présidentielle. Si c’était exact, ce serait effectivement grave mais le problème est que Donald Trump a lancé cette accusation sans avancer l’ombre d’un semblant de preuve et sur la seule foi, semble-t-il, d’un site d’extrême droite dont l’ancien directeur, Steve Bannon, est aujourd’hui son plus proche conseiller. Toujours plus empêtré dans les révélations sur les liens entre son équipe de campagne et l’ambassade russe à Washington, Donald Trump a simplement allumé un contre-feu, d’autant plus efficace qu’il y a mis toute la vulgarité nécessaire à son retentissement.

Quant à la France…

Eh bien, on peut tout dire de l’Union européenne, qu’elle serait la source de tous nos maux etc. mais, l’accuser de porter « atteinte à la sécurité alimentaire » des Français, de le faire volontairement et de vouloir autrement dit, les affamer, c’est beaucoup plus qu’outrancier. C’est vraiment n’importe quoi mais c’est pourtant ce qu’a fait samedi une candidate à la présidence de la République.

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