Il était l'espoir progressiste du monde occidental, l'antidote à la vague de populisme qui déferlait sur l'Occident. Que reste-t-il de la superbe de Justin Trudeau ? Des chaussettes arc-en-ciel et un sourire de jeune premier ?

Justin Trudeau
Justin Trudeau © Getty / David Kawai/Bloomberg

Les ennuis ne cessent de s'accumuler pour le 1er ministre canadien et c'est particulièrement douloureux à observer pour tout ceux qui – et j'en faisais partie, je l'avoue – voyait en Justin Trudeau une sorte d'antidote nord-américaine à la vague de populisme et de fake news qui déferle sur le monde. Il avait tout pour lui, cet homme-là.

Un physique de gendre idéal, des convictions progressistes chevillées au corps, des chaussettes arc-en-ciel pour la Gay Pride et un petit mot en persan pour Norouz, un autre en chinois pour le nouvel an lunaire et un joint de cannabis pour tout le monde.

C'était il y a encore un an à peine : il y avait Justin Trudeau pour sauver moralement l'Amérique du Nord et Emmanuel Macron pour ré-enchanter l'Europe. Barack Obama autorisait l'entrée de moins de 12 000 Syriens, non sans provoquer une crise politique ;

Justin Trudeau, lui, en accueillait 40 000 et prenait même le temps d'aller les recevoir à l'aéroport pour leur distribuer des manteaux. Sans oublier, en interne, des excuses présentées aux Amérindiens et une politique étrangère pétrie de sens moral.

Parce qu'il y avait cela aussi : un gouvernement qui ne lâchait rien. Lorsque la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, s'inquiète sur twitter du sort réservé aux militantes saoudiennes des droits des femmes, Ryad devient fou :

Expulsion de l'ambassadeur du Canada dans le royaume, annulation de vols vers le Canada, arrêt des importations de blé canadien, vente massive d'actions canadiennes détenues par le Fond souverain saoudien. Réaction de Justin Trudeau ? Résistance.

Hypocrisie et business, quand tu nous tiens

Ce que je viens de vous décrire est la stricte réalité. Sauf que, comme toujours, il y a façon et façon de la présenter. Prenez le cas saoudien, par exemple. Il est parfaitement exact que Justin Trudeau a tenu le cap dans la tempête.

Mais pas au point de gâcher l'essentiel, à savoir d'annuler un contrat d'armement de 15 milliards de dollars canadiens avec l'Arabie saoudite. Personne ne lui aurait demandé de la faire, s'il ne s'était auto-érigé avec superbe en leader moral de l'Occident !

Un autre exemple : Justin Trudeau s'est juré d'être le héraut des accords de Paris sur le climat à la façon de notre propre président, « make our planet great again ». Mais lorsqu'il a fallu prendre des décisions difficiles pour le Canada : plus personne !

Les décisions difficiles, c'était par exemple stopper la construction d'oléoducs pour évacuer le très polluant pétrole lourd et visqueux de l'Alberta vers les Etats-Unis. Mais là, tout devient stratégique et les réponses se font évasives.

Or depuis quelques jours, cette dissonance entre le discours, la couleur de ses chaussettes et la largeur de son sourire, d'une part, et la réalité de son exercice du pouvoir, d'autre part, est devenue stridente.

Justin Trudeau vient de perdre un conseiller et deux ministres, femmes de surcroit et l'une d'entre elle amérindienne. Pire : elles ont démissionné pour des raisons morales :  

L'entourage de Justin Trudeau, et le 1er ministre lui-même, aurait tout fait pour empêcher des poursuites judiciaires pour corruption contre une énorme entreprise d'ingénierie canadienne.

Et l'une d'entre elle a eu cette phrase assassine qui résume bien le problème : « il faut parfois payer un prix politique pour défendre ses convictions ; mais ce prix à payer est toujours plus lourd lorsqu'on les abandonne ». La réponse dans les urnes et dans 7 mois pour les legislatives et ça semble mal parti pour Justin Trudeau le magnifique !

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