Il y a comme un silence sur la scène internationale, comme un moment d’hésitation qui se sent partout et, d’abord, en Irak. En Irak, les coups portés aux forces d’intervention et à l’autorité des Etats-Unis sont si cruels, répétés, quotidiens que les éditorialistes de la presse américaine se divisent désormais en deux camps. Les uns, expliquent, que ce qui ne peut pas durer ne durera pas, que cette guerre coûte trop cher en dollars et en hommes pour que l’opinion ne se retourne pas, que Georges Bush devra forcément en tenir compte sous peine de perdre l’élection présidentielle de novembre 2004 et que les effectifs de l’armée sont, en tout état de cause, trop faibles pour permettre l’indispensable rotation des troupes et, à fortiori, leur renforcement. Les autres, ceux qui avaient soutenu cette intervention, ne s’attardent plus à défendre sa légitimité. Ils en sont à décrire les conséquences, effectivement catastrophiques, qu’aurait un retrait américain sous le feu des attentats. Jour après jour, le grand sujet de débat washingtonien devient ainsi le repli, son éventualité, ses dangers, et, parallèlement, l’équipe Bush perd de son assurance, clame et fort que les Etats-Unis ne se laisseront pas intimider mais laisse voir ses doutes, ses interrogations, ses batailles internes sur la conduite à tenir. Paul Bremer, le représentant de Washington à Bagdad, évoque publiquement la possibilité d’accélérer un transfert de souveraineté aux Irakiens, l’idée française que les Américains brocardaient il y a quelques semaines encore. Le grand artisan de l’intervention, Donald Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, a perdu la haute main sur le dossier. Georges Bush donne l’impression d’être tout simplement dépassé par les événements et la remontée en force de Colin Powell ne se traduit pas encore par de vraies inflexions. Tandis que l’Espagne, l’un des trois grands partisans européens de cette guerre, rappelle ses diplomates de Bagdad, l’Amérique se cherche une politique mais elle n’est pas la seule. L’Europe aussi hésite, se cherche également, et cela sur tous les fronts à la fois. Elle n’arrive pas à amorcer les compromis nécessaires à l’adoption de son projet de Constitution. Elle ne sait pas ce que faire de son Pacte de stabilité - le mettre entre parenthèses ou l’appliquer au risque de ralentir encore la croissance et de devoir sanctionner la France et l’Allemagne. Elle hésite, enfin, devant la nécessité de se doter d’une Défense autonome car beaucoup de ses membres ne veulent rien faire en dehors de l’Otan, que la Grande-Bretagne ne veut pas laisser la France et l’Allemagne aller de l’avant sans elle et que la France et l’Allemagne savent bien, de leur côté, que les forces britanniques sont indispensables à tout projet de Défense européenne. En Russie même tableau. Là-bas, c’est entre un grand retour de l’Etat dans l’économie et la légalisation définitive du pillage des richesses nationales organisé sous la présidence Eltsine, que le Kremlin balance. Rarement la confusion aura été aussi grande à Moscou et au Proche-Orient, enfin, Ariel Sharon et Yasser Arafat semblent politiquement épuisés sans que de vraies relèves ne s’esquissent. L’Amérique ne sait pas où elle va, le monde non plus.

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