Et après ? Que se passera-t-il après ces élections parlementaires américaines de mi-mandat, lorsque Georges Bush et les Républicains auront essuyé, demain, un désaveu que tous les sondages annoncent ? D’une certaine manière, rien. Il ne se passera rien d’immédiat et de concret puisque ce ne sera pas, loin de là, la première fois qu’un Président des Etats-Unis devra gouverner contre l’une des Chambres ou même les deux. Les prises de décision seront infiniment plus difficiles. La Maison-Blanche devra tout négocier, et longuement, avec le Congrès mais ce type de situation est bien rodé à Washington et il n’y aura pas même de rupture sur le plus brûlant des sujets, la crise irakienne, celle-là même qui a fini par coûter sa popularité à Georges Bush. Il n’y en aura pas car il y a plusieurs mois déjà que la Maison-Blanche s’est résolue à chercher les moyens de s’extirper de ce bourbier, qu’elle tentera maintenant de le faire et que les Démocrates n’ont pas de politique alternative à promouvoir puisqu’il n’y a plus de bonne solution à proposer. Alors ? Un revers politique, un séisme peut-être, mais rien ? Non. Il ne se passera rien mais tout va changer. Aux Etats-Unis comme dans le monde, beaucoup de choses changeront aux lendemains de ce 7 novembre car, cinglant ou relativement limité, le désaveu infligé à Georges Bush fera, d’un coup, voir l’ampleur de la défaite à laquelle il a conduit son pays. Dès lors que leur Président aura été sanctionné et, surtout, paralysé par ces scrutins, les Etats-Unis apparaîtront pour ce qu’ils sont déjà - piégés par cette aventure, dos au mur et contraints de choisir entre le maintien d’une présence militaire qui nourrit le chaos irakien et un retrait qui le précipiterait à des degrés bien plus terribles encore. Ce n’est pas seulement que le roi Bush sera nu. C’est l’Amérique, le roi du monde, qui le sera, la seule puissance, le seul gendarme militairement et économiquement capable de maintenir un minimum d’ordre international. Les djihadistes pourront alors considérer et clamer que la violence paie, qu’ils auront vaincu les Etats-Unis en Irak après avoir défait l’URSS en Afghanistan et battu Israël au Liban. Le messianisme islamiste en sera renforcé et, autrement plus inquiétant encore, la Corée du Nord comme l’Iran auront toute raison de penser que rien ne les oblige à s’engager sur la voie d’un compromis avant que l’Amérique ne se soit donné un nouveau Président, en novembre 2008, dans deux ans. Le 7 novembre ouvrira deux années d’incertitude, un entre-deux qui pourrait porter Georges Bush à de dangereux coups de poker tandis que la Russie se sentira les coudées franches pour tenter de revenir dans son ancien empire et poursuivre son retour sur une scène internationale où la Chine continuera de s’imposer. Avec, en parallèle, une Europe en panne, peinant toujours à recoller ses morceaux et retrouver un souffle, l’Occident risque de rester au point mort dans un monde en précipitation.

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