C’est le jour J, le grand jour. Après dix mois d’une interminable campagne, la plus riche et la plus puissante des démocraties élit aujourd’hui son président mais, question, les Etats-Unis sont-ils vraiment une démocratie ?

La réponse est évidemment oui, fondamentalement oui, car il faut vraiment que le pouvoir y soit au peuple pour que ce pays qui est celui de l’individu, des pionniers, de l’homme qui se fait par lui-même, ait pu porter à sa tête, après la crise de 29, un président, Franklin Delano Roosevelt, qui fut le véritable inventeur de l’Etat providence ; pour que ce pays qui fut celui de l’esclavage ait finalement rompu avec la ségrégation raciale grâce au mouvement des droits civiques ; pour que ce pays façonné par le protestantisme ait pu briser un tabou fondamental en élisant un catholique, John Fitzgerald Kennedy, en 1961 ; pour que ce pays qui avait organisé le monde contre le communisme lui ait abandonné le Vietnam car sa jeunesse ne voulait plus de cette guerre ; pour que ce pays puritain ait été à l’avant-garde de la révolution sexuelle des années 70 et pour que ce pays, enfin, où la question raciale est tout sauf résolue ait, il y a quatre ans, porté un Noir à la Maison-Blanche.

Les Etats-Unis ne sont pas qu’une démocratie. Ils sont une démocratie en mouvement où les évolutions de l’opinion bouleversent régulièrement la donne mais il y a, pourtant, plus d’un bémol à mettre à ce constat.

Le premier est l’argent. Entre la présidentielle, le renouvellement du Congrès et les scrutins des 50 Etats, l’Amérique aura dépensé cette année six milliards de dollars et peut-être plus pour financer ses campagnes. Côté démocrate, les petites donations pèsent lourd mais, pour les deux partis, l’essentiel de l’argent vient de l’industrie et des plus grosses fortunes qui investissent sur des candidats et pas à perte.

Là comme ailleurs, l’argent attend un retour sur un investissement et c’est ainsi, au nom du « Qui t’a fait roi ? » qu’il est pratiquement impossible d’introduire des réformes menaçant de gros intérêts et pas même de plafonner des dépenses électorales auxquelles les plus fortunés trouvent leur intérêt car, plus les campagnes coûtent cher, plus elles leur créent d’obligés qui auront des dettes à honorer.

Il y a quelque chose de pourri au royaume américain. Ce quelque chose est le lien toujours plus étroit entre l’argent et la politique et le deuxième bémol.est le lien croissant entre les lobbies religieux et la politique. Organisés en groupe de pression électoral et financier, les fondamentalistes chrétiens, essentiellement protestants mais également catholiques, font désormais l’agenda du Parti républicain, déportant les conservateurs, la moitié des Etats-Unis, vers une effarante réaction obscurantiste qui n’aurait rien à envier aux positions prises, dans le monde arabe, par les partis islamistes.

Et puis, troisième bémol, une moitié des Américains ne vote plus, ce qui n’est pas exactement un signe de bonne santé démocratique. L’Amérique vote aujourd’hui. Il y a désormais non pas une certitude mais de bonnes chances qu’elle réélise Barack Obama mais sa démocratie est très loin d’être parfaite.

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