Sauf si l’on est député européen comme l’est Mme le Pen, rien n’est plus excusable que de ne rien comprendre aux institutions européennes. Il faut admettre, pour s’y retrouver, que l’Union est une totale nouveauté, une fédération en devenir, un ensemble d’Etats souverains ayant résolu de décider en commun dans des domaines toujours plus nombreux et disposant, à cet effet, d’institutions communes que sont la Commission, le Parlement et le Conseil.

Composée de membres nommés par les gouvernements européens, la Commission propose des politiques aux Etats membres, veille au respect des traités par lesquels ils se sont liés et applique, surtout, les décisions que ces Etats ont prises lors de leurs réunions au sommet.

Chambre de l’Union puisque ses députés sont élus au suffrage universel paneuropéen, le Parlement a des pouvoirs qui s’étendent mais demeurent relatifs car les Etats tiennent à garder la main.

Quant au Conseil, quant à cette chambre d’Etats qui réunit les 28 chefs d’Etat ou des gouvernements de l’Union, c’est l’institution clé puisque c’est elle qui décide de tout, en fonction de la majorité, actuellement de droite, formée par les gouvernements issus des élections nationales.

Tout cela forme une architecture finalement très classique mais dont la cohérence, c’est malheureusement vrai, n’est pas encore perçue par une majorité de citoyens européens. La raison en est que ces institutions sont encore récentes et en évolution constante mais le rôle d’un député au Parlement européen n’est pas d’ajouter à cette confusion.

Il n’est pas de dire, comme vient de le faire Mme Le Pen, élue Front national à Strasbourg : « Si l’Union européenne rend sa souveraineté au peuple français, je dirai aux Français : nous pouvons rester dans l’Union » car cette phrase n’a rigoureusement aucun sens.

Elle peut, bien sûr, amorcer une évolution du FN sur l’appartenance de la France à l’Union. On peut avoir cette lecture. C’était celle du Monde hier mais de deux choses l’une.

Ou bien le Front national considère toujours qu’il est nuisible à la France d’appartenir à l’Union et il doit continuer à le dire, même si cela lui fait perdre des voix ; ou bien il a changé d’avis et l’honnêteté lui commande de reconnaître qu’il s’était trompé jusqu’alors.

C’est l’un ou l’autre mais il ne peut pas dire « si l’Union rend sa souveraineté » à la France... car l’Union n’existe pas en elle-même.

Elle n’est que l’addition des Etats qui s’y sont librement unis. Elle ne peut ni leur rendre ni leur enlever leur souveraineté car c’est souverainement qu’ils ont décidé d’y appartenir.

Si l’un d’entre eux veut la quitter, libre à lui de se tirer dans le pied. S’il veut y rester, il doit respecter les engagements qu’il y a pris. S’il veut la faire évoluer, il a tous les moyens d’engager cette bataille politique en contribuant à faire changer sa majorité mais dire « si l’Union nous rend notre souveraineté », non ! C’est simplement absurde ou vulgairement mensonger.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.