Où l'on voit comment un jeune prince héritier entend relever le défi iranien en modernisant son pays, pied sur l'accélérateur

C’est ce qu’on appelle un homme décidé. Nommé prince héritier et vice Premier ministre d’Arabie saoudite le 21 juin dernier à l’âge de 31 ans, Mohamed ben Salmane al Saoud a fait arrêter samedi, sous l’accusation de corruption, plusieurs dizaines d’anciens ministres, quatre ministres en exercice et  onze princes de la famille royale dont l'un des hommes les plus riches du monde. 

        Il agissait là en vertu d’un décret par lequel le roi son père, 81 ans, avait créé quelques heures plus tôt un Comité anti-corruption dont il lui avait confié la présidence. Cela prête à sourire car la corruption est en Arabie saoudite une industrie nationale dont la famille royale est le principal actionnaire et les ministres et hauts fonctionnaires de petits porteurs mais, bien au-delà d’une charrette de boucs-émissaires, c’est à la confirmation d’un tournant majeur qu’on assiste à Ryad.

        Dit « MbS » par ses jeunes partisans de l’élite saoudienne, Mohamed ben Salmane entend réveiller son pays avant que l’Iran ne l’ait définitivement éclipsé en devenant la puissance dominante du Proche-Orient. 

Chef de file du monde chiite alors que l’Arabie saoudite est celui du monde sunnite, l’Iran est devenu incontournable en Irak depuis que l’intervention américaine y a mis la majorité chiite aux commandes. Il est décisionnel en Syrie depuis que le régime Assad y a repris la main grâce à son soutien militaire et à celui de la Russie. L’Iran est également tellement puissant à Beyrouth, à travers le Hezbollah, que le Premier ministre libanais, le sunnite Saad Hariri, vient de démissionner en disant craindre pour sa vie. 

        L’Iran est aujourd’hui la puissance ascendante du Proche-Orient et Mohamed ben Salmane a compris que sa dynastie ne pourrait pas relever le gant sans sortir de l’invraisemblable archaïsme dans lequel elle fait végéter ce pays depuis si longtemps. C’est pour cela que MbS a autorisé les femmes à conduire, qu’il veut financer une transition post-pétrolière en privatisant une partie du secteur public, qu’il vient de donner ce coup de pied dans la fourmilière de la corruption afin de marquer un changement d’époque et d’éliminer des rivaux et qu’il déclarait le 24 octobre dernier, devant un forum d’investisseurs étrangers : « Nous n’allons pas passer 30 ans de plus à nous accommoder d’idées extrémistes ». « Nous allons les détruire maintenant », avait-il ajouté en promettant de construire une Arabie « modérée, ouverte et tolérante ».

        Dictée par une juste appréhension des intérêts saoudiens, la sincérité du prince héritier est totale mais cela ne signifie ni que MbS serait un démocrate ni qu’il réussira son pari. Modernisateur, cet autocrate élimine tous ceux qui pourraient le menacer à droite comme à gauche et s’il va si vite, c’est qu’il a peur et raison d’avoir peur d’un contrecoup.

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