Un mandat d’arrêt international a été lancé à Paris contre trois hauts responsables du régime syrien, accusés de complicité de crimes contre l’humanité. Un geste contre l’impunité qui se heurtera au régime de Damas et à ses « parrains » russe et iranien.

Panneau à la gloire du Président Bachar el-Assad à Damas, en juin 2018.
Panneau à la gloire du Président Bachar el-Assad à Damas, en juin 2018. © AFP / LOUAI BESHARA / AFP

Peut-il y avoir une justice pour les victimes de massacres lorsque les bourreaux font partie du camp des vainqueurs ? Ce n’est pas une question philosophique, mais la triste réalité de la Syrie, théâtre de la guerre la plus cruelle de notre époque.

Hier, la justice française a annoncé avoir délivré des mandats d’arrêts internationaux contre trois hauts responsables du régime syrien, accusés de complicité de crimes contre l’humanité, liés à la disparition, à la torture et à la mort de deux ressortissants franco-syriens.

La Fédération internationale des droits de l’homme s’est félicitée d’une décision qui montre « que les plus hauts responsables des atrocités commises en Syrie ne peuvent échapper à l’obligation de rendre des comptes ».

On aimerait y croire, et penser qu’en effet, alors que le conflit approche péniblement de son épilogue, les responsables des pires atrocités pourront être jugés, quel que soit le camp dans lequel ils étaient engagés.

Il semble bien improbable, à ce stade, que ces poursuites puissent déboucher sur un procès . Parmi les trois hommes poursuivis, figure Ali Mamlouk, qui est toujours le Directeur du bureau de la Sécurité nationale auprès de Bachar el-Assad. Un autre, Jamil Hassan, est le chef du Service de renseignement de l’armée de l’air syrienne.

Il n’y a strictement aucune chance que le régime de Damas laisse tomber de tels hommes, rouages essentiels d’un appareil sécuritaire qui lui a permis de survivre depuis le début du soulèvement populaire en 2011.

D’autant moins que le régime syrien, grâce au soutien décisif de la Russie et de l’Iran, a pu redresser une situation qui semblait désespérée, et a reconquis une bonne partie du territoire syrien, sans engager le moindre processus politique. 

Tant que ses « parrains » le soutiennent, il n’a aucune raison de se plier à des demandes provenant d’un pays comme la France qui a eu une attitude hostile à son égard.

Quant à la Cour pénale internationale (CPI), fondée en 2002, elle n’a pas compétence sur la Syrie qui n’a jamais ratifié le Traité qui la crée. Et toute procédure se heurterait de toutes les manières à un véto russe au Conseil de sécurité.

D’où la procédure nationale initiée en France au titre de la « compétence universelle » reconnue en cas de crime grave, qui fait écho à une autre, lancée en Allemagne. 

Dans les deux cas, la justice s’appuie sur le dossier César, du surnom de ce photographe de la police militaire syrienne qui s’est enfui avec quelque 50.000 photos de cadavres de prisonniers, et de l’admission récente par Damas de certains décès, officiellement par arrêt cardiaque, dont celui de Mazen Dabbagh, qui travaillait au lycée français de Damas, arrêté en 2013 et que l’on n’a jamais revu vivant.

Les mandats d’arrêt lancés à Paris risquent fort de n’être qu’un baroud d’honneur de la justice, un sursaut moral dans un conflit qui a fait 350.000 morts, passés par pertes et profit d’une époque cynique. Pour l’heure, hélas, les bourreaux peuvent encore dormir tranquilles.

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