Emmanuel Macron, pas plus que les autres visiteurs étrangers de la Chine, n'aborde plus le sujet des droits de l'homme de front, pour ne pas braquer un pays devenu trop puissant. Pourtant, les sujets brûlants restent nombreux, comme le sort de la minorité Ouigoure.

Accolade entre Emmanuel Macron et le président chinois Xi Jinping, mardi 5 novembre à l’issue d’un diner restreint offert à Shanghai par le numéro un chinois au couple présidentiel français.
Accolade entre Emmanuel Macron et le président chinois Xi Jinping, mardi 5 novembre à l’issue d’un diner restreint offert à Shanghai par le numéro un chinois au couple présidentiel français. © AFP / Ng Han Guan / POOL / AFP

On aura parlé échanges commerciaux à la foire de Shanghai, culture au Centre Pompidou, nucléaire iranien et diplomatie climatique le reste du temps. Mais pendant les deux pleines journées passées en Chine par le président français Emmanuel Macron, qu’en a-t-il été des droits de l’homme ?

Les temps ont changé, on le sait : l’expression publique des États sur la situation des droits de l’homme en Chine a suivi la courbe opposée de celle la croissance économique chinoise, jusqu’au point de disparaître des tableaux de bord.

Il ne sert à rien, nous explique-t-on, d’aborder la question des droits de l’homme de front, le logiciel de pensée de Xi Jinping, le numéro un chinois, est qu’il s’agit de « propagande venue de l’extérieur pour affaiblir la Chine ». Il se braque et on n’obtient rien, c’est contreproductif.

Le problème est que l’autre approche, celle qui consiste à en parler dans le huis-clos des entretiens, sous l’angle de la liberté individuelle ou de l’attitude responsable que doit avoir un acteur majeur de la scène internationale, ne produit pas plus d’effets. Emmanuel Macron dit pouvoir aborder tous les sujets, mais reconnait qu’il se heurte à la logique implacable de Xi Jinping : priorité à l’unité du pays, refuser d’être le « Gorbatchev chinois », c’est-à-dire affaiblir l’État et le Parti par des réformes politiques.

C’est tout le dilemme d’une visite comme celle du Président français. Les sujets de l’agenda bilatéral et multilatéral sont si nombreux avec la superpuissance émergente qu’est la Chine, qu’il ne faut pas les menacer par trop d’insistance sur les sujets qui fâchent. 

Les sujets brûlants ne manquent pourtant pas. Le sort de la minorité ouigoure du Xinjiang, dont plus d’un million de membres sont enfermés dans des camps de rééducation, figure en tête de l’agenda des organisations de défense des droits de l’homme. Celles-ci n’ont pas cessé de documenter les violations, mais manquent singulièrement de relais.

Les affrontements quasi-quotidiens à Hong Kong en sont un autre. Sans oublier la société de surveillance à grande échelle, les détentions arbitraires, l’absence d’état de droit dans un pays qui a connu, par ailleurs, de telles améliorations des conditions de vie.

Dans l’agenda diplomatique, ces sujets ne survivent qu’à la marge ou sont instrumentalisés. Il n’y a pas que l’économie qui soit en cause. Le droit ou le devoir d’ingérence ont été dévoyés, et les pays occidentaux qui tenaient le haut du pavé sont contraints à l’humilité. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle.

Mais dans la redéfinition tendue des relations internationales que nous traversons, personne n’a encore trouvé le bon moyen de traiter du sujet des droits de l’homme avec un pays trop puissant. 

Interpeller la Chine sur le sort qu’elle réserve à sa minorité ouigoure ne relève pourtant pas d’une arrogance occidentale qui n’a plus lieu d’être, mais d’une conception universelle de l’humanité. Surtout s’agissant d’une puissance de premier plan qui revendique une place centrale dans le jeu international. La Chine fait le grand écart entre ses ambitions globales et ses pratiques politiques, mais le dire trop fort est devenu impossible.

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