La guerre, la vraie, ne menace pas. La Syrie est trop faible, bien trop écartelée entre la peur et la nécessité de réformes intérieures, pour riposter militairement aux frappes qu’Israël a lancées, hier, sur son territoire en y bombardant un camp d’entraînement palestinien après l’attentat commis samedi à Haïfa. Une nouvelle guerre israélo-arabe est d’autant moins possible que l’Irak ne serait évidemment plus en mesure d’y participer et que l’Egypte est elle aussi très affaiblie par ses difficultés internes, économiques et politiques. En choisissant de riposter en Syrie aux dix-neuf morts d’Haïfa, Ariel Sharon a, donc, moins aggravé la situation que s’il s’en était pris à Yasser Arafat mais, outre que cela peut encore venir, un nouveau pas dans l’irrationnel vient, pourtant, d’être franchi. Ce n’est pas seulement que les accords d’Oslo ont été enterrés, là, une seconde fois, que la détente qui s’en était suivie entre Israël et ses voisins arabes est maintenant aussi oubliée que le processus de paix israélo-palestinien. Ce n’est pas seulement, non plus, que ce conflit reprend des allures régionales alors même que tout le Proche-Orient est, parallèlement, ébranlée par l’aventure irakienne des Etats-Unis. C’est surtout que le gouvernement Sharon paraît aujourd’hui tout aussi désorienté que le sont les dirigeants palestiniens. Il n’y avait plus d’Autorité palestinienne, les divisions et l’anarchie en tenaient lieu depuis plus de trois ans, mais y a-t-il encore un gouvernement israélien, un vrai, mauvais ou bon, mais qui sache encore ce qu’il veut et où il va ? On ne peut qu’en douter aujourd’hui car cette équipe qui se faisait fort de briser le terrorisme et sous laquelle l’insécurité absolue est devenue le quotidien des Israéliens, donne désormais des coups d’épée dans l’eau. Si trois années de représailles contre les cellules et les mouvements terroristes de Cisjordanie et de Gaza n’ont pas empêché l’organisation continue des attentats kamikazes en quoi ces bombardements sur la Syrie permettraient-ils en effet de les freiner ? Le seul résultat de ce raid a été de substituer aux condamnations internationales de la boucherie d’Haïfa des protestations tout aussi vigoureuses contre ces frappes sur le territoire d’un pays souverain. Israël a ainsi perdu, dimanche, la sympathie que lui avait valu, samedi, la tuerie d’Haïfa. Il l’a perdue pour rien, sans aucun bénéfice d’aucune sorte, au contraire, et alors même qu’Ariel Sharon agite déjà le chiffon rouge devant les Américains en faisant construire ce Mur, cette barrière de sécurité, qu’importe le nom, puisque la certitude est que cette ligne Maginot ne fera pas plus progresser la paix qu’elle n’arrêtera la terreur. Ariel Sharon, à l’évidence, ne sait plus quoi faire mais il aura bientôt achevé de mener les Israéliens dans la même impasse que Yasser Arafat l’a fait avec son peuple. Après s’être tous les deux ingéniés à tuer la paix, ils communient maintenant dans la même politique - celle du n’importe quoi.

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