Rien n’est joué mais il semble bien que la crise politique allemande aille vers son dénouement. « Il y a davantage qu’un plus petit dénominateur commun », a déclaré, hier, la chef de file de la démocratie chrétienne, Angela Merkel, à l’issue d’une réunion avec Gerhard Schröder, le chancelier social-démocrate sortant. « Il y a une base pour la grande coalition », a confirmé, plus explicitement encore, Gerhard Schröder. Les pourparlers, en un mot, avancent entre les deux grands partis de droite et de gauche qui se retrouveront cet après-midi et n’ont guère d’autre solution que de former un gouvernement commun car les électeurs ne leur ont donné ni à l’un ni à l’autre de majorité suffisante pour gouverner avec leurs alliés naturels, le Libéraux d’un côté, les Verts de l’autre. Cette grande coalition est ce que souhaitent les électeurs mais reste une question, toujours la même, en suspens depuis le scrutin du 18 septembre : qui sera aux commandes ? Qui sera chancelière ou bien chancelier ? En toute logique, dans les strictes règles, surtout, de la démocratie allemande, le poste devrait revenir à Angela Merkel puisque les Unions chrétiennes ont devancé la social-démocratie d’un point et disposent de quatre sièges de plus que leurs adversaires mais Gerhard Schröder ne l’entend pas de cette oreille. Certes, les résultats sont là, disent ses amis, mais 51% des Allemands, ajoutent-ils aussitôt, ont voté pour la gauche, pour une gauche divisée entre Verts et sociaux-démocrates d’un côté et radicaux du Linksparteï de l’autre, mais pour la gauche. L’argument n’est infondé mais relève pourtant de l’argutie puisque aucune des deux gauches ne veut, ni ne pourrait d’ailleurs, gouverner avec l’autre. Gerhard Schröder fait de l’obstruction depuis le 18 septembre mais pourquoi ? La presse allemande s’interroge, se dispute. On ne parle que de ça en Allemagne mais le fait est, qu’à camper sur une position intenable, le chancelier sortant est parvenu à faire admettre que, s’il n’avait pas gagné, la droite non plus, que les électeurs avaient refusé la rupture libérale proposée par Angela Merkel, qu’une grande coalition devrait donc gouverner au centre, libéraliser l’économie mais ne pas rompre avec le modèle européen de protection sociale – bref, poursuivre sa politique à lui et non pas mener celle d’Angela Merkel. Son pari, depuis le début, est d’arriver à imposer ses conditions à la droite et ses déclarations d’hier, comme celles d’Angela Merkel, laissent penser qu’il a marqué des points et pourrait ainsi se remettre en selle, contre la droite, comme chef de file de l’ensemble de la gauche, radicaux compris. Ce n’est pas fait mais ce qui se marchande en coulisses c’est le rapport de forces, dans le futur gouvernement de coalition, entre les idées et les hommes de la droite et de la gauche. Quelque chose est peut-être en train de s’inventer en Allemagne. Un petit P.S., maintenant : sous la pression de l’Onu, le parlement irakien s’est finalement dédit. Il a finalement renoncé aux modifications de la loi électorale auxquelles cette chronique était consacrée hier. Sage décision.

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