Les grandes puissances s’engagent dans un processus de sanctions contre l’Iran. Après que les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne eurent tout essayé pour parvenir, sous l’égide de l’Europe, à un compromis avec la République islamique, leurs ministres des Affaires étrangères vont jeter cet après-midi, à Londres, les bases d’une résolution du Conseil de sécurité sanctionnant le refus de Téhéran de suspendre ses opérations d’enrichissement d’uranium. C’est une épreuve de force qui s’ouvre mais est-elle susceptible de faire plier l’Iran ? Rien n’est moins sûr, pour trois raisons. La première est que la Géorgie s’est invitée dans cette crise et que la Russie entend bien monnayer son degré de fermeté vis-à-vis des ambitions nucléaires des mollahs contre une évolution de la politique américaine dans son aire d’influence. Non seulement Vladimir Poutine veut que Georges Bush cesse d’encourager la Géorgie à rejoindre l’Otan mais il veut aussi, au-delà de ce seul pays, que les Etats-Unis renoncent à étendre l’Alliance atlantique jusqu’aux frontières russes en y intégrant les anciennes Républiques soviétiques, Ukraine en tête. C’est donnant-donnant, le respect des limites de l’ancien empire russe et de la défunte Union soviétique contre le soutien de Moscou aux sanctions que les Etats-Unis veulent imposer à Téhéran. Cette question est loin d’être réglée. Elle pèsera lourd sur la réunion de cet après-midi et celles qui suivent mais ce n’est pas tout. Quand bien même les Etats-Unis rassureraient-ils la Russie sur ce point, ni Moscou ni Pékin ne sont encore vraiment prêts à croiser le fer avec Téhéran car la Russie a d’importants intérêts économiques en Iran, notamment dans le nucléaire civil, et que la croissance chinoise a trop besoin de pétrole pour pouvoir se passer des ressources iraniennes et risquer que les cours ne repartent à la hausse. Cela fait deux solides raisons pour lesquelles la République islamique a peu de motifs de céder à la panique mais ce n’est pas tout. Même si le Conseil de sécurité parvient, comme c’est maintenant probable, à se mettre d’accord sur des sanctions, le régime iranien pourra vivre avec car elles n’aggraveront pas fondamentalement son isolement actuel et qu’il a assez de pétrole pour pouvoir y faire face en l’écoulant par la bande. Le pari des sanctions repose sur l’idée qu’elles pourraient assez freiner la croissance iranienne pour susciter une crise politique à Téhéran en y donnant des arguments aux modérés qui préféreraient l’intégration de leur pays à l’économie mondiale à cette affirmation nucléaire du poids politique de l’Iran. Ce n’est pas un pari absurde mais il est loin d’être joué d’avance car des sanctions peuvent, tout au contraire, resserrer les rangs autour du régime contre les pressions étrangères. L’Iran inquiète le monde, Chine et Russie comprises, mais le monde n’a pas encore de vraie réponse.

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