Cela faisait un peu petit vin, bien venu, plus réconfortant que pas de vin du tout mais, tout de même, trop léger. Ce sommet des quatre plus grandes puissances économiques européennes laisse un goût de trop peu, pas assez spectaculaire, mais il ne s’est pas rien passé, samedi, à l’Elysée, bien au contraire. Pour la premières fois dans l’histoire de l’Union, des gouvernements se sont concertés au plus haut niveau sur un problème économique – la crise financière, en l’occurrence – non seulement entre eux mais également avec le président de la Banque centrale européenne. Cela devrait, bien sûr, être la norme mais le fait est que cela ne l’était jusqu’à présent pas car les plus libéraux des Européens s’opposaient à toute approche de politique économique commune et que la BCE défendait son indépendance jusqu’à refuser toute concertation avec les gouvernements. Devant l’urgence, ces deux barrières sont tombées, des tabous se sont brisés, et ce sommet a pris, à bas bruit, d’importantes décisions. La première est que les gouvernements nationaux ne laisseraient pas de banques aller à la faillite afin d’éviter un ébranlement général et qu’ils agiraient de concert si une banque européenne multinationale était menacée. La deuxième est que le coût de ces interventions ne serait pas pris en compte dans les limites que le Pacte de stabilité pose aux déficits budgétaires et aux niveaux d’endettement afin que les Etats ne soient pas retenus, dans leurs opérations de sauvetage, par leurs engagements européens. Ce sommet, troisième point, a appelé à un renforcement significatif de la régulation bancaire dans l’Union et s’est, enfin, rallié – pour s’en tenir à l’essentiel – à l’idée française d’un sommet international devant œuvrer à une « complète réforme » du système financier. Reste à voir, maintenant, si l’ampleur de la crise n’obligera pas les gouvernements européens à aller plus loin dans leur action commune. Le contraire serait étonnant mais, d’ores et déjà, l’Union sort virtuellement transformée de ce sommet. Les règles de la concurrence et de l’orthodoxie monétaire ont été contournées, avec l’accord des Allemands qui y sont, pourtant, tellement, attachés. Avec l’accord des Britanniques, l’Union s’est éloignée des dogmes libéraux. En dressant des digues contre ce raz-de-marée, la puissance publique a pris ,de fait, les commandes de l’économie européenne et, changement plus profond encore, un groupe de pays s’est installé en cabine de pilotage, non pas contre les instances communautaires mais avec elles et les tirant de l’avant. « Situation d’urgence », « à la guerre comme à la guerre », dit-on partout. Oui… c’est vrai mais, précisément, dans une situation d’exception, quand il fallait décider, les pays les plus forts et les plus concernés se sont mis aux manettes, mettant les autres devant le fait accompli. Ca grince mais personne ne hurle vraiment et il y a tout lieu de penser que ce précédent laissera des traces, qu’il marquera le gouvernement de l’Union car, lorsque la terre gronde, ce n’est ni Malte ni l’Estonie qui peuvent agir. La preuve en est faite.

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