Très souverainiste, le président polonais, Lech Kaczynski, apposera bientôt sa signature à la ratification du traité de Lisbonne par son pays. Il avait dit qu’il le ferait pour peu que l’Irlande vote « oui » et, maintenant que c’est fait, par plus de 67% des voix, le dernier obstacle à l’entrée en vigueur de ces réformes institutionnelles est le président tchèque, Vaclav Klaus. Libéral convaincu et, donc, franchement hostile à toute autre forme d’unité européenne qu’un simple marché commun, il a fait saisir la Cour constitutionnelle tchèque d’une demande d’examen de la compatibilité entre le traité et la Constitution de la République. Son espoir est que cette procédure dure assez longtemps pour que les conservateurs britanniques, autres libéraux de choc, arrivent au pouvoir – en juin – sans que le traité ne soit encore entré en vigueur et puissent alors organiser un référendum par lequel ils appelleraient la Grande-Bretagne à le rejeter. Malheureusement pour Vaclav Klaus, la cour devrait se prononcer au printemps au plus tard. Elle donnera son feu vert au traité. Il ne pourra plus rien faire d’autre que de le signer et les conservateurs britanniques ne se risqueront alors pas à organiser un référendum dont l’enjeu ne pourrait plus être que la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Virtuellement parlant, le traité de Lisbonne est adopté et tout confirme, jour après jour, comme on l’avait dit la semaine dernière à ce micro, que la France et l’Allemagne annonceront en novembre, à l’occasion du vingtième anniversaire de la chute du Mur, qu’elles vont, désormais, coordonner leurs politiques, économiques, industrielles et étrangères. Pour peu qu’elles y parviennent réellement, elles devraient ainsi redonner un moteur et un élan à l’Union, constituer une avant-garde ouverte à tous ceux qui voudraient suivre leur exemple. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy y tiennent non seulement car ils ont pris goût à leurs interventions communes au sein du G-20 mais aussi, plus profondément, parce qu’ils s’alarment de la désindustrialisation de l’Europe et craignent qu’elle ne soit précipitée par les Etats-Unis qui jouent la baisse du dollar pour redresser leurs exportations. La chancelière et le président veulent prendre en main l’Union avant qu’elle ne soit marginalisée par une entente sino-américaine. Il y a tout lieu de s’en féliciter mais ni les réformes institutionnelles ni ce resserrement des liens franco-allemands ne suffiront à redonner une adhésion populaire au projet européen. Même avec un moteur remis à neuf par Paris et Berlin, l’Europe restera mystérieuse, voire étrangère, aux Européens tant qu’elle ne se construira pas à la base, tant que les citoyens européens n’auront pas intégré l’idée qu’ils peuvent se l’approprier et en déterminer les politiques, comme en toute démocratie. L’Europe se fera dans les batailles politiques et les luttes sociales paneuropéennes. Elle se fera, surtout, par la constitution, de partis paneuropéens – gauche, droite, Verts et autres – qui présenteront des listes et des programmes communs pour s’assurer la majorité au Parlement, prendre, ainsi, les commandes de la Commission et en faire le gouvernement élu de l’Union.

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