Cela passait pour une utopie, et guère populaire. Il y a quelques mois encore, même les rares responsables politiques à être convaincus de la nécessité d’un « fédéralisme » européen n’osaient guère prononcer ce mot tant il était réputé avoir mauvaise presse dans l’opinion mais sur quoi portait la première question posée hier aux candidats à la primaire de la gauche ?

Elle portait sur leur adhésion commune à l’idée fédérale et aucun d’entre eux, bien au contraire, n’a jugé nécessaire de s’en démarquer. Depuis longtemps portée par les Verts et les centristes, l’idée fédérale est, désormais, clairement défendue par la gauche, dans l’ensemble des gauches européennes, et progresse, parallèlement, à droite où Alain Juppé ne craint plus de s’y référer en public tandis que le ministre allemand des Finances vient lui d’appeler à l’élection d’un président européen au suffrage universel.

Ca y est. On y est. Le fédéralisme est à l’ordre du jour mais pourquoi cette soudaine évolution ? Pourquoi une ambition si longtemps restée marginale est-elle maintenant au cœur du débat politique ?

Il y a quatre réponses à cela. La première est que le temps a fait son œuvre. Aussi nombreuses, répandues et souvent justifiées que soient les critiques faites au processus de construction européenne, l’Union européenne est devenue une réalité dans laquelle ont grandi tous les Européens de moins de quarante ou même cinquante ans. De plus en plus d’Européens se sentent européens et la perspective de voir l’Union gouvernée par un exécutif et un Parlement élus au suffrage universel paneuropéen et prenant le pas sur les gouvernements nationaux n’hérisse plus autant de gens.

La deuxième explication est que la succession du krach de 2008 et de la crise des dettes publiques a fait enfin voir que les pays européens avaient besoin d’institutions communes fortes et légitimes pour pouvoir parer des dangers communs, réagir à temps, agir ensemble. Dans la tempête, cette évidence s’est imposée, notamment au président français et à la chancelière allemande désormais d’accord sur la nécessité d’un pilotage commun des économies européennes, et la troisième raison de cette montée de l’idée fédérale est la panique des marchés, autrement dit des détenteurs de capitaux qui investissent en Bourse et prêtent aux Etats.

Non seulement l’ampleur de cette panique et des dégâts qu’elle provoque appelle l’émergence d’une puissance publique de taille continentale, seule à même de réguler des marchés devenus fous, mais les marchés eux-mêmes, dans un stupéfiant retournement, aspirent aujourd’hui non plus à un moins d’Etat mais un Etat européen dont la puissance et la cohérence pourraient les rassurer.

Quant à la quatrième raison pour laquelle il n’y a plus de tabou fédéral, elle est que cette partie de la gauche qui jugeait l’Europe intrinsèquement libérale réalise aujourd’hui que, sans unité européenne, il n’y aucun moyen de faire face à des marchés mondialisés, de mettre en œuvres des politiques de gauche, de défendre le modèle social européen ou d’imposer l’idée chère à Arnaud Montebourg de ce protectionnisme européen que d’autres appellent le « juste échange ». Si l’Europe passe ce moment, elle sera fédérale.

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