Des quartier peuplés de civils ont été bombardés de part et d’autre de ce conflit qui en est à sa deuxième semaine, une escalade condamnée par le CICR et qui marque la volonté des deux camps de marquer des points au plus vite.

Réfugiés civils dans une église arménienne de Stepanakert, la capitale du Haut Karabakh, pendant que se déroulent les combats, dimanche 4 septembre 2020.
Réfugiés civils dans une église arménienne de Stepanakert, la capitale du Haut Karabakh, pendant que se déroulent les combats, dimanche 4 septembre 2020. © AFP / AFP

Le Comité international de la Croix Rouge, le CICR, est une institution suisse fondée il y a un siècle et demi, et à l’origine des Conventions de Genève qui régissent le droit de la guerre – car il y a bien des règles, même dans les conflits, que tous les États se doivent de respecter. Lorsque le CICR prend la parole pour dénoncer le tour pris par le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, il ne parle pas à la légère.

Alors que les combats sont entrés dans leur deuxième semaine, des bombardements ont frappé ces dernières 48 heures des quartiers urbains des deux côtés, y compris en dehors des zones disputées. Des tirs à l’artillerie lourde ou à coups de missiles, qui ont frappé d’un côté la capitale du Haut Karabakh, Stepanakert, et de l’autre les villes de Ganja et Mingachevir, en Azerbaidjan. 

Selon le CICR, on compte des dizaines de morts et de blessés civils, des centaines de maisons, des hôpitaux et des écoles détruits ou endommagés. Des faits qui risquent, selon lui, de violer le droit international humanitaire interdisant les attaques sans discrimination et disproportionnées. La France, les États-Unis et la Russie, qui constituent le groupe de Minsk chargé d’une mission dans la région, ont eux aussi condamné hier soir cette montée de la violence.

Pourquoi cette escalade ? Dans ce type de guerre entre États, les belligérants savent qu’ils ne peuvent pas poursuivre les combats très longtemps, en raison des pressions internationales. En revanche, ils veulent, c’est en tous cas l’intention de l’Azerbaïdjan, modifier le statu quo avant un éventuel retour à la table de négociation.

Pas grand-chose n’a changé sur le terrain depuis trente ans, depuis qu’une guerre remportée par l’Arménie lui a permis de prendre le contrôle du Haut Karabakh, une région d’Azerbaïdjan principalement peuplée d’Arméniens ; mais aussi une zone-tampon azerbaïdjanaise vidée de sa population.

C’est cette zone-tampon qui est la cible première de l’armée de Bakou, et qui explique cette brusque escalade. Après trente ans de statu quo, l’Azerbaïdjan tente de rééquilibrer les positions sur le terrain.

Carte des positions arméniennes et azerbaidjanaises
Carte des positions arméniennes et azerbaidjanaises © AFP / Jonathan WALTER, Robin BJALON / AFP

Qui peut arrêter cette guerre ? Question à tiroirs : si l’armée azerbaïdjanaise, plus puissante que celle de l’Arménie, parvient à reprendre cette zone-tampon, s’arrêtera-t-elle, ou tentera-t-elle de poursuivre son avantage au Haut Karabakh ? Et dans ce cas, qui pourra empêcher un désastre humanitaire au sein des Arméniens du Karabakh ? Et au-delà, que se passe-t-il si l’Azerbaïdjan est en mesure d’attaquer la République d’Arménie proprement dite ?

C’est la grande inconnue de ce conflit qui peut avoir trois cercles d’affrontement potentiel, qui ont chacun leur statut, leur histoire, leur peuplement ; et leurs implications internationales. La Russie a ainsi un accord de défense avec l’Arménie, et ne la laissera pas se faire écraser, mais cet accord ne porte certainement pas sur la zone tampon, et est ambigu vis-à-vis du Haut Karabakh.

Reste la Turquie, le parrain de l’Azerbaïdjan, qui lui fournit hommes et matériel, ce qui fait dire à un expert que nous sommes face un vieux conflit, dans un nouveau contexte géopolitique. 

Jusqu’où la Turquie est-elle prête à aller dans sa stratégie de puissance régionale, et qui peut l’arrêter ? Ces questions sont brûlantes, sans réponse, qui expliquent une escalade dans laquelle les premières victimes, comme toujours, sont les populations civiles.

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